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Affaire Shortis (Cinquième partie)

Extraits de La Patrie
concernant l'affaire Shortis
(cinquième partie: le procès à Beauharnois, la contre-preuve de la Couronne, journaux du 19 au 25 octobre 1895)
placés par ordre chronologique
_______




  1. samedi 19 octobre 1895, page 2

    SHORTIS
    Un incident à l'audience d'hier après-midi
    La contre-preuve de la Couronne

    La contre-preuve de la Couronne commence.

    Le premier témoin produit est M. Andrew Robertson, 33 ans, comptable de Montréal à la Woolen Mills.

    Il connait le prisonnier depuis juin 1894. Il lui a été amené par sa mère. Le témoin l'a fait entré au bureau pour y travailler à des copies. Il ne recevait pas de salaire, c'était pour tâcher de l'initier aux affaires. Shortis a travaillé trois semaines; pendant ce temps, le témoin n'a rien remarqué d'anormal dans son attitude.

    Objection par M. St-Pierre, renvoyée par le juge Mathieu, qui juge légale la façon de procéder de la Couronne. Shortis n'avait pas la moindre notion des affaires. Il a présenté le jeune Shortis à M. Simpson, de la filature de Valleyfield, qui voulait un secrétaire particulier...P>

    M. Simpson engagea Shortis. Il ne peut, en raison du peu de temps qu'il a eu Shortis à son bureau, donner aucune appréciation sur ses manières.

    En réponse à M. Greenshields, le témoin dit que Shortis s'absenta un jour et demi pour cause de violents maux de tête. Dans son travail, il ne faisait pas plus d'erreurs qu'un autre jeune homme de bureau. Jamais il ne s'est aperçu de rien d'extraordinaire dans ses manières. Il se tenait bien au bureau.

    Richard A. Stevenson, 47 ans, négociant de Montréal. Il a rencontré Shortis la première fois au bureau de la "Globe Wollen Mills", dont il est l'agent à commission. Il a de fréquents rapports avec la filature de Valleyfield. C'est lui qui a mis Shortis en rapport avec M. Simpson qui cherchait un secrétaire. Il l'a fait parce que le jeune Shortis avait produit sur lui une favorable impression. L'entrevue entre M. Simpson et Shortis eut lieu à son bureau, M. Simpson engagea Shortis.

    Objection notée de M. St-Pierre, à une question tendant à savoir, si le témoin n'a rien trouvé d'étrange dans la conduite de Shortis. Le témoin n'a rien remarqué. Shortis le remercia, un jour, à Valleyfield, de lui avoir trouvé un emploi.

    Le témoin n'a eu que de très rares et très courtes conversations avec Shortis.

    La cour s'ajourne à ce matin.

  2. lundi 21 octobre 1895, page 3

    SHORTIS
    Témoignage écrasant contre l'accusé
    Un complot pour assassiner M. Simpson

    La couronne a continué sa contre-preuve samedi, dans l'affaire Shortis.

    M. Wilfrid Langlois, de Valleyfield, fils du prropriétaire de l'hôtel Windsor, dit que Shortis se conduisait très bien à l'hôtel et dans la rue. Il était très poli et se tenait commme tout le monde. Il mangeait comme les autres.

    M. Lewis Simpson gérant de la manufacture de coton à Valleyfield, âgé de 42 ans, a rencontré Shortis pour la première fois en juillet 1894 aux bureaux de MM. Stevenson et Blackader. A cette époque, M. Simpson avait besoin d'un secrétaire particulier et M. Stevenson lui présenta Shortis qui l'engagea.

    Shortis lui a toujours très bien fait ses commissions et bien exécuté ses ordres.

    En général, il a trouvé le jeune Shortis tout aussi apte, que n'importe quel autre débutant, à se mettre au courant des affaires et du travail d'un bureau. Il a remercié Shortis de ses services parce qu'il ne connaissait pas la sténographie.

    Quelque temps après, celui-ci est revenu lui demander la permission d'étudier le fonctionnement des métiers, et de la filature pour son instruction personnelle.

    Shortis vint une autre fois le consulter comme juge de paix, pour lui demander quels étaient les droits des hôteliers au sujet des bagages de leurs pensionnaires.

    M. Simpson, lui expliqua la loi que Shortis discuta avec beaucoup de bon sens. Il a même été surpris qu'il eut, de ce fait, des connaissances aussi complètes.

    M. Simpson, comme juge de paix, condamna Shortis un jour à $5.00 d'amende, sur mandat d'arrêt, pour port illégal d'armes à feu. Ce fut Shortis qui plaida lui-même sa cause, produisit ses témoins et discuta le montant de l'amende avec beaucoup de bon sens.

    Shortis avait été arrêté en sortant de chez les Anderson.

    M. Simpson lui avait défendu de fréquenter cette maison. A la suite de cette affaire, M. Simpson consignea l'entrée de la filature à Shortis. Ce dernier lui rendit visite à son bureau, et lui présenta ses excuses, disant qu'il avait oublié sa défense relative à Mlle Anderson.

    M. Simpson lui conseilla très vivement de s'en retourner à Montréal, et dans son opinion, c'était ce qu'il avait de mieux à faire.

    M. Simpson, à la prière de Shortis, consentit encore à le laisser rentrer à la filature; mais à la condition qu'il ne remettrait plus les pieds chez Mlle Anderson et observerait les règlements de la manufacture.

    Shortis le remercia, et lui en fit la promesse, M. Simpson lui fit observer que ce serait la dernière fois car il avait déjà assez eu d'ennuis à cause de lui.

    La porte de la filature fut définitivement consignée à Shortis.

    Un matin de janvier, M. McGinnis se présenta au bureau de M. Simpson et, en arrivant, lui deposa sur la table quatre revolvers chargés. Il dit à M. Simpson que, de ces quatre revolvers, l'un avait été oublié par Shortis sur le piano de son salon. Il en avait rouvé un autre sous l'oreiller de sa belle-fille, Miss Millie Anderson; un autre sous celui du jeune Jack Anderson. Le quatrième lui avait été donné par Shortis.

    Après cette entrée en matière, M. McGinnis lui expliqua que Shortis avait formé le plan avec Jack et Millie de tuer M. Simpson, et qu'il lui avait proposé à lui-même de faire partie du complot.

    M. McGinnis fit observer que l'on ne massacrait pas ainsi son prochain, même en Amérique. Shortis lui dit qu'il avait la conscience bien timorée, et que c'était une excellente occasion de se débarasser de M. Simpson qui n'était pas en bons termes avec lui.

    Dans son projet, Shortis pour se créer un alibi, devait venir coucher avec Jack Anderson, sortir par la fenêtre et, après avoir exécuté M. Simpson, rentrer par la même voie.

    M. Simpson, en raison des difficultés qu'il avait avec M. McGinnis, ne voulut pas donner de suite à cette affaire. Il se contenta de mettre la police au courant, et de faire surveiller Shortis et M. McGinnis de façon spéciale. Shortis fut également avisé, par un détective spécial, que s'il arrivait la moindre mésaventure à M. Simpson, il serait arrêté et accusé.

    Malgré cela, Shortis vint voir M. Simpson à son bureau, vers le 15 février, et lui demanda une lettre de recommandation. M. Simpson le mit à la porte en lui disant qu'il avait eu bien trop de bontés pour lui, et qu'il ne voulait plus en entendre parler.

    Shortis sortit en disant qu'il était un mal élevé, qu'il n'était pas un gentleman et qu'avant peu, il aurait son tour contre lui. Le 20 février, M. Simpson partit pour Savannah, Georgie. Il revint le 3 mars, rappelé par dépêche à la suite du crime.

    Du 15 février à venir à ce jour M. Simpson n'a pas revu Shortis. Il avait accueilli le jeune Irlandais avec sympathie parce qu'il lui avait dit vouloir travailler et se créer une situation. Il avait d'abord fait sur lui une impression favorable, et il était bien disposé à le seconder.

    Il le considérait comme un jeune homme de très bonnes manières, et d'un niveau d'éducation certainement supérieur à ce que l'on est habitué chez les jeunes débutants de son âge.

    M. McMaster demande à M. Simpson ce qu'il pense de l'intelligence de Shortis.

    M. St-Pierre s'objecte aussitôt.

    Une longue discussion s'en suit entre les deux hommes de loi. Finalement la cour s'ajourne à ce matin.

    Le témoignage de M. Simpson a produit une profonde impression sur la cour et le jury.

    Les reporters ont reçu la lettre suivante:

    Valleyfield, 16 octobre 1895.
    Monsieur le rédacteur,

    Vous avez publié l'autre jour dans votre journal que Melle Millie Anderson avait dit que j'étais son amie. Je vous prie de vouloir bien déclarer que Melle Millie n'a jamais été mon amie.

    Quand elle est venue chez moi, c'est simplement comme cliente.

    Votre bien dévouée,
    Melle O. LEBLANC,
    Modiste de Valleyfield

  3. mardi 22 octobre 1895, page 3

    SHORTIS
    "Il avait le type anglais"
    "Mais il n'était pas fou"

    Le juge Mathieu a maintenu l'objection de M. St Pierre dont nous avons parlé hier, dans le procès de Shortis, puis M. Simpson a continué son témoignage.

    En réponse à M. Greenshields, le témoin ne croit pas que Shortis soit en droit de formuler la moindre plainte contre lui.

    La consultation que Shortis demanda un jour à M. Simpson au sujet de la responsabilité des logeurs vis-à-vis leurs pensionnaires, et la condamnation de Shortis à $5, pour port d'armes, permettent de nouveau à M. Simpson de dire qu'il a été surpris de voir un aussi jeune homme discuter de la loi avec tant de bon sens et d'à propos.

    M. McMaster reprend le témoin et revoit avec lui les diverses erreurs commises par Shortis dans son travail. M. Simpson dit qu'elles sont de celles commises par tous les débutants. Sur l'index qu'il a entre les mains, il relève de nombreuses erreurs d'une autre plume que celle de Shortis et du même genre.

    M. Adrien Desrosiers, a succédé à Shortis comme secrétaire de M. Simpson. Il n'a rien remarqué de travers dans l'ensemble du travail de Shortis, auquel il a souvent eu recours.

    Thomas Brophy, du Bureau de poste de Montréal, a payé à Shortis deux mandats en 1894. Tous les deux étaient émis à Waterford; l'un de ces mandats était de 17 dollars.

    M. Godfroy Baudet, maire de Ste-Cécile de Valleyfield, connait Shortis depuis un certain temps, mais il ne peut préciser exactement. Il doit y avoir environ un an. M. Baudet allait quelquefois prendre ses repas à l'hôtel Windsor. Il a mangé à la même table que Shortis. A table et dans la rue, M. Baudet n'a jamais rien vu de bien extraordinaire dans la conduite de Shortis. Il ne se rappelle pas l'avoir jamais entendu appeler le grand fou.

    M. David Frank Smith, secrétaire du trésorier de la filature de Valleyfield, a connu Shortis dès son arrivée à la filature. Il a causé plusieurs fois avec lui. Shortis est venu lui rendre visite à sa résidence. Il a fait quelquefois le voyage de Valleyfield à Montréal en sa compagnie. Il a toujours trouvé Shortis poli, convenable, bon garçon même, et causant avec esprit et bon sens. Une quinzaine de jours avant le meurtre, Shortis vint le voir. Il lui parla à peu près en ces termes:

    "Vous êtes mon seul ami dans Valleyfield, je viens vous consulter. M. Simpson veut me faire arrêter parce que M. McGennis lui a dit que je voulais le tuer." Shortis jura que ce n'était pas vrai. C'était par haine et rancune contre M. Simpson et contre lui-même que M. McGennis avait dit cela. M. Smith lui répondit qu'il n'avait rien à craindre, et lui conseilla de se conduire comm un homme sérieux et bien élevé. Shortis écrivit une lettre au président de la compagnie à ce sujet.

    Joyn Loye, témoin déjà plusieurs fois entendu, a vu Shortis tous les jours pendant qu'il travaillait au bureau de M. Simpson ou à la salle du cardage. Il n'a jamais rien trouvé d'étrange dans la conduite, la conversation, ou l'attitude du prisonnier. Il s'habillait à l'anglaise. Deux mois environ avant le crime, Shortis a eu avec M. Simpson une légère altercation. Il a seulement entendu Shortis crier en sortant: "Vous n'êtes pas un gentleman, votre tour viendra bientôt." Lowe n'a jamais entendu le prisonnier se plaindre de maux de tête ni raconter qu'il entendait des bruits en dehors ou dans le voisinage. Le soir du 1er mars avant le drame, Shortis était calme, et lui parla avec bon sens, tout en nettoyant le revolver dont il devait faire plus tard un si terrible usage.

    Elie Poirier, constable de Valleyfield, a connu le prisonnier dès l'arrivée de ce dernier à Valleyfield. M. Simpson chargea un jour de janvier M. Poirier d'informer Shortis que, s'il ne quittait pas immédiatement Valleyfield, il le ferait arrêter en raison des révélations que lui avaient faites M. McGinnis. M. Poirier fit la commission à Shortis dans la chambre de ce dernier à Chatel Windsor, en présence de Jack Anderson. Shortis demanda des explications que le constable lui donna. Il se tourna alors vers Jack Anderson et lui dit: "cela va être une vilaine affaire si Bob (M. McGinnis) vient témoigner là-dedans. Il ajouta qu'il attendait de l'argent et verrait M. Simpson le lendemain.

    M. Poirier a toujours été frappé de la manière de marcher de l'accusé. Il avait toujours le nez en l'air. Il n'y en avait pas un autre dans Valleyfield à marcher comme lui. A part cela, M. Poirier n'a jamais rien remarqué d'excentrique en lui.

    M. Donat Dubuc, barbier de Valleyfield, connait Shortis depuis le commencement de 1895. C'est à lui que Shortis en dernier lieu confiait le soin de sa chevelure et de sa barbe. En outre Shortis lui laissait en garde ses patins. Shortis est venu chez lui le 1er mars entre 3 et 4 heures. Il n'a rien remarqué d'anormal en lui ce jour-là ni d'ailleurs à aucun autre moment.

    Hugh A. Wilson, l'une des victimes de Shortis. Il voyait celui-ci tous les jours pendant qu'il était au service de M. Simpson. Il était bien intime avec lui. Jamais Shortis ne lui a parlé de bruits ou de voix qu'il entendait. Il ne s'est jamais aperçu de rien d'excentrique en lui, à part sa façon de s'habiller. Il causait comme tout le monde et en homme sensé. Le soir du 1er mars, il était comme à son ordinaire et ne s'est jamais plaint du mal de tête.

    La cour s'ajourne à ce matin.

  4. mercredi 23 octobre 1895, page 3

    SHORTIS
    On le considérait intelligent
    La contrepreuve de la Couronne

    M. McGinnis, l'un des principaux témoins dans l'affaire Shortis, est sérieusement malade à sa résidence. M. le juge Mathieu a nommé M. John T. Lennox, commissaire pour recevoir la déposition de M. McGinnis.

    La Couronne a fait venir le docteur G. B. Girdwood, de Montréal, comme nouvel expert, pour donner son opinion sur l'état mental du prisonnier.

    James Sparrow, chef mécanicien de la filature, a connu le jeune Shortis pendant qu'il a travaillé à la manufacture.

    Shortis lui apporta un jour un plan et le discuta avec une compétence qui surprit le chef mécanicien, lui donnant toutes sortes de détails techniques et mesurant sur l'échelle du plan, l'espace occupé par chaque pièce. Il conseilla également à M. Sparrow d'employer pour les arbres de couche des coussinets d'un nouvel alliage qui s'échauffait moins facilement que les autres. Shortis lui soumit un système de cloche d'alarme, dont il avait fait un croquis.

    Pour M. Sparrow, Shortis est un être inteligent, très versé dans la mécanique et comprenant très bien la machinerie.

    M. Lewis Young, contre-maître de la salle des métiers à carder, dit que Shortis l'a surpris un jour, en lui soulignant des modifications à l'appareil servant à défaire les balles de coton brut et à les introduire dans les ateliers.

    M. Young est d'avis que le plan proposé par Shortis était parfaitement réalisable et susceptible de rendre des services. Le jeune Shortis a rendu des services à M. Young en lui tenant des livres d'entrées et en lui faisant ses calculs de rendement des matières premières.

    M. Young dit que les idées de Shortis indiquent un esprit très pratique et observateur. Il regrette que l'expérience n'en ait jamais été faite. Il n'a jamais remarqué rien d'extraordinaire dans les manières de Shortis.

    William Thomas Wilson, du service central des postes à Ottawa. Il arrive de cette ville avec les mandats payés en janvier 1894, à Shortis. M. Greenshields s'objecte à la production de ces mandats, la déclare illégale et sans rapport à la position de la Couronne dans le procès.

    Après une longue discussion, le juge Mathieu autorise la production des mandats. L'un est au montant de un louis, l'autre de trois louis 10 shellings.

    La cour s'ajourne à ce matin à dix heures afin de permettre à la commission rogatoire d'aller à Huntingdon interroger M. McGinnis.

  5. jeudi 24 octobre 1895, page 3

    SHORTIS
    IL AVAIT DES APTITUDES POUR LES AFFAIRES
    Il aimait les enfants

    La couronne a mis devant le jury, hier, à Beauharnois, tous les détails de l'affaire des mandats poste retirés du bureau de Montréal par Shortis. MM. Brophy, Hatchett, Wilson et Palmer ont été interrogés longuement à ce sujet.

    M. James Wright est ensuite assermenté. Il a rencontré Shortis à l'hôtel Windsor à Valleyfield où il avait l'habitude de descendre. II a fréquemment causé avec lui. Il a toujours considéré Shortis comme un jeune homme aussi intelligent que n'importe quel autre du même âge. Il était très poli et ne buvait jamais.

    Ernest Mathews, gérant de l'hôtel Windsor à St Jean, P.Q., a été trois ans gérant du Queen's de Montréal. M. Malabar, témoin déjà entendu, a été gardien de nuit sous ses ordres. M. Mathews a vu Shortis venir au Queen's, non comme pensionnaire, mais comme invité de sa mère qui était descendue là, en juin 1894. Mme Shortis y a passé trois semaines. M. Mathews fait savoir que jamais M. Malabar ne lui a jamais rapporté quoique ce soit contre Shortis. Il n'a jamais entendu dire qu'il se fût mal conduit à l'hôtel. Jamais il n'a entendu parler d'excentricités de Shortis, à la salle de bain, en bas, avec son revolver. Jamais M. Malabar ne lui a parlé de la scène du salon illuminé par Shortis. Jamais, il n'a vu Shortis monter les escaliers quatre à quatre. Il a été gérant de l'hôtgel jusqu'en janvier 1895. Il déclare que Shortis n'a pas pensionné deux ou trois mois au Queen's sous son administration. Il n'a en résumé, jamais rien remarqué d'étrange dans l'attitude générale de Shortis.

    Transquestionné par M. Greenshields, M. Mathews dit que M. Malabar est, dans son opinion, un très honnête homme et bien qu'il n'ait pas connaissance des faits signalés par M. Malabar, il le croirait sous serment.

    Charles Kenrick, de Sherbrooke, a rencontré Shortis au Queen's, au commencement de février dernier. Le témoin a trouvé que Shortis avait l'éducation de tout le monde. Il n'a rien remarqué dans sa conduite ni dans son attitude.

    Dr J. A. Demers, coroner du district de Beauharnois a fait l'enquête préliminaire sur la mort de J. Loye et de Maxime Leboeuf. M. Demers, après son enquête finie, s'en fut à la station de police, lire à Shortis son procès verbal. Que vous a-t-il dit, à cet égard, demande M. Laurendeau. Objection de M St Pierre qui sera décidée ce matin.

    Joseph Edward Morrisson, pharmacien-chimiste, de Montréal, connait Shortis depuis 1893. Il lui fut présenté par un de ses parents. Shortis est venu lui faire des visites. Shortis discuta avec beaucoup de bon sens, de la politique en général, et spcialement de la situation de l'Irlande vis-àvis de l'Angleterre.

    Shortis parlait avec bon sens et connaissance. Le témoin fut frappé de voir l'inclination que Shortis avait pour les petits enfants. Il lui parla aussi de sa mère avec affection. Ils eurent quelques conversations sur les sujets religieux pour lesquels Shortis lui sembla avoir du respect. Le témoin tâcha de dissuader Shortis de porter un revolver, disant qu'une bonne paire de poings valait mieux. Shortis lui dit que, en Irlande, il avait été obligé de prendre cette habitude pour se défendre et protéger son père, en raison des difficultés qui avaient surgi entre sa famille et les marchands de bestiaux du voisinage.

    Le témoin n'a jamais été sous l'impression que Shortis eût le cerveau dérangé. Il n'a rien remarqué d'extraordinaire en lui. Rien n'a particulièrrement attiré son attention.

    Thomas Boyd fils, marchand d'armes et d'articles de chasse et de bicycles à Montréal, dit que la première fois qu'il a été en rapport avec Shortis, c'est à la fin de l'automne 1892. Il a reçu de diverses maisons de bicycles de Birmingham, des lettres et des catalogues; on le priait en même temps de voir le jeune Shortis, qui voulait s'occuper de cette ligne d'affaires.

    M. Boyd fut voir Shortis il eut quelques conversations d'affaires avec lui. Le témoin dit que le jeune Shortis, parlait en homme sensé, qui veut faire du commerce. Il avait l'air de bien connaître sa ligne.

    Lecture est recommencée du rapport de la commission qui a procédé, hier, à l'interrogatoire de M. McGinnis.

    Dès le début une longue discussion s'engage au sujet de la question suivante posée à M. McGinnis par la Couronne: D'après ce que vous savez de la tragédie de Valleyfield, pensez-vous que le vol en ait été le mobile? La question avait été objectée, hier, par M. Greenshields. Le juge Mathieu a maintenu l'objection de la défense.

    A 6 heures la cour s'ajourne à ce matin.

  6. vendredi 25 octobre 1895, page 3

    SHORTIS
    Plus intelligent que les jeunes gens de son age
    Ses confidences à M. McVicker

    La lecture du rapport de la commission qui a procédé à l'examen de M. McGinnis, a été continuée hier matin, dans l'affaire Shortis.

    M. McGinnis établit très nettement qu'en janvier 1895 Shortis lui a parlé de se débarasser de M. Simpson et lui a demandé s'il serait disposé à jurer un alibi en sa faveur. M. McGinnis s'y refusa. Il ne fut pas surpris de la communication que lui a faite Shortis. Il la trouve tout à fait dans le caractère de ce dernier. C'est sur le conseil de Mme McGinnis qu'il a tout dévoilé à M. Simpson.

    M. McGinnis n'aimait pas Shortis. Il le considérait comme un écervelé. Il reconnait que la famille Anderson était en mauvais termes avec M. Simpson pour des questions d'intérêt et de commerce.

    Ernest McVickar est appelé de nouveau.

    Il allait une fois par semaine chez Mlle Anderson et le recontrait souvent au patinoir. Il a revu Shortis après le crime, dans sa cellule de police.

    Shortis lui remit une lettre pour Mlle Anderson et il la lui a fait parvenir.

    Trois ou quatre semaines après, M. McVickar reçut une lettre de Shortis.

    Objection de MM. St Pierre et Greenshields.

    Le juge Mathieu dit qu'il suspend son jugement pour l'instant, et le témoignage de M. McVickar est ajourné.

    M. Joseph Tessier, contre-maître des cours et hangars de la filature de Valleyfield, remettait à Shortis un état des chars qui entraient sur la voie privée de la manufacture et qui en sortaient chaque jour.

    Shortis lui demanda une fois de lui indiquer une maison de pension canadienne-française, car il désirait apprendre à bien parler français.

    M. McMaster demande a la cour de faire produire une lettre dont M. Smith a parlé dans son témoignage et que Shortis écrivit vers le 15 février à M. A. F. Gault, président du comité de direction de la filature. M. Gault ne pouvant se déranger, une nouvelle commission composée de MM. J. Lomax, sténographe, McMaster et Greenshields se rendra à Montréal pour se rencontrer avec lui.

    Le Dr Walter Sutherland, de Valleyfield, arrêta Shortis. Il a fait la connaissance de ce dernier environ sept mois avant le meurtre. Comme médecin de la filature il l'a soigné trois ou quatre fois pour des indispositions sans gravité. Il ne s'agissait pas de maux de tête ni de névralgies.

    Le docteur a eu de nombreuses conversations avec le jeune Shortis sur des sujets multiples. Il a trouvé le jeune Shortis instruit, bien élevé et d'un niveau général supérieur à celui de la plupart des autres jeunes gens du même âge.

    Le juge Mathieu prend la parole et décide du mérite de l'objection soulevée au cours de l'audience relativement à la lettre reçue par M. McVickar. L'honorable juge se prononce en faveur de la défense, disant que, des faits postérieurs au crime, les rapports seuls des médecins experts doivent être admis.

    M. James Sparrow, chef mécanicien de l'usine déjà interrogé. Il vient montrer son livre d'entrées, sur lequel Shortis a fait des inscriptions.

    Il est chargé par la Couronne d'examminer comme expert les plans dressés par Shortis pour son idée de cloche d'alarme et de contrôle. Le chef mécanicien déclare le plan très intelligemment conçu et il se dit prêt à l'exécuter de suite. Il est certain que l'appareil fonctionnerait parfaitement bien.

    Le témoin répète que celui qui a fait ce plan n'est pas un fou.

    M. Ernest McVicar revient dire à M. Greenshields que Melle Anderson ne lui a jamais dit de ne pas remettre les pieds chez elle, parce qu'il s'était présenté ivre à sa maison.

    La cour s'ajourne à ce matin, 10 heures.

    Relativement à la lettre dont la Couronne demandait la production, objectée par la défense et refusée par la Cour. Voici quelques notes sur ce que la Couronne entendait prouver. Shortis écrivait le 27 mars dernier, à son ami Ernest McVickar:

    "Ne t'inquiète pas trop de moi. Mon cas n'est pas si mauvais que tu pourrais le croire. J'ai retenu les services des deux premiers avocats criminalistes de Montréal et avec eux j'en sortirai.

    "Rappelle-toi seulement que si la parole est d'argent, le silence est d'or, et c'est plus vrai dans mon cas que dans n'importe lequel.

    Plus tard, dans une lettre qui fut interceptée par les autorités de la prison, Shortis disait au même McVickar.

    "J'ai confiance. Je vais suivre les conseils qui me sont donnés, faire l'indifférent et avoir l'air de penser à rien de ce qui s'est passé à Valleyfield.">/P>

  7. samedi 26 octobre 1895, page 8

    SHORTIS
    La fin de la contre-preuve
    LES PLAIDOIRIES COMMENCEDRONT LUNDI

    Le procès de Shortis tire à sa fin, du moins en ce qui touche la preuve. Hier matin, plusieurs témoins sont venus déclarer qu'ils avaient vu, ainsi que l'a dit M. Simpson, quatre revolvers sur la table de ce dernier.

    M. Baudet, maire de Valleyfield, a prêté de l'argent à Shortis, une dizaine de dollars environ. C'était pour permettre à Shortis de payer l'amende qui lui fut imposée pour port illégale d'armes à feu.

    Le Dr Adrien Ouimet, de Valleyfield, a connu Shortis depuis 1894, au moment de son arrivée à Valleyfield. Ils ont pensionné ensemble à l'hôtel Windsor, et ils s'y rencontraient deux fois par jour. Le Dr Ouimet n'a jamais rien trouvé d'étrange ni dans la conversation ni dans les menées de Shortis. Il semblait avoir beaucoup de notions et causait avec bon sens de toutes sortes de choses, à table, et se conduisait comme tout le monde.

    M. Charles Amédée Vallée, gouverneur de la prison de Montréal, a reçu la charge de Shortis le 9 mars dernier et l'a eu sous sa garde jusqu'au premier octobre.

    M. McMaster. - N'est-il pas vrai qu'au mois de septembre dernier, le Dr Villeneuve, expert de la couronne, s'est présenté à la prison pour examiner le prisonnier et que là, en votre présence, et en celle du Dr Villeneuve, il a dit avoir reçu instructions de ses avocats de ne pas se laisser examiner?

    M. St Pierre s'objecte à la question. Après une longue discussion, la cour autorise la couronne à poser la question suivante: Avez vous reçu la visite d'un expert médical envoyé par la couronne?

    Le gouverneur Vallée dit que, en effet, il a reçu le 21 septembre dernier la visite du Dr Villeneuve muni d'une lettre d'introduction de M. McMaster. Shortis fut mis en présence du Dr Villeneuve. Shortis dit au Dr Villeneuve: "Je ne veux pas paraître impoli vis à vis de vous, mais je dois vous dire que j'ai reçu ordre de mes avocats de ne répondre à aucune question qui me serait posée par des médecins envoyés par la couronne."

    Lecture est faire de la lettre écrite par M. A. F. Gault par le prisonnier sur le conseil de M. Smith et protestant contre les imputations de M. McGinnis.

    M. A. Gault répondit à Shortis quelques lignes pour lui dire qu'il avait reçu de mauvais rapports sur lui et qu'il ne voulait pas s'interposer; il lui conseillait ensuite de se bien conduire et de tâcher de trouver de l'emploi. Ce fut M. Gault qui informa Madame Shortis de la funeste nouvelle par le câblegramme suivant:

    "Madame Shortis,

    "Waterford.

    "Votre fils doit être fou. Il s'est servi du pistolet avec trop de désinvolture. Il a blessé sérieusement et même fatalement plusieurs personnes." M. H. C. St-Pierre est assermenté et dit qu'il a défendu à son client de parler à qui que ce soit et donner aucun renseignement.

    Si le docteur Villeneuve se fut adressé à lui, il l'eut autorisé à examiner son client et n'eut présenté aucune objection. C'est cde que déclarent également MM. Greenshields et Foster.

    Le Dr Bucke, de London, revient dire que pour lui Shortis est fou, puis la Couronne déclare sa contre-preuve terminée.

    Le juge Mathieu s'adressant alors aux jurés leur dit que dans l'intérêt de la justice il est nécessaire d'accorder un certain délai aux avocats pour préparer leurs adresses et repasser les cent trente trois témoignages qui ont été produits. En conséquence la cour s'ajourne à lundi pour entendre les plaidoiries des avocats. Il est probable que le verdit sera rendu jeudi soir.






Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
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