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Du jaillissement à la précision (1973)

Simone Aubry-Beaulieu

Article tiré du magazine Vie des Arts, VOL. XVIII, numéro 72, automne 1973


Simone Aubry-Beaulieu
du jaillissement à la précision

Robert Marteau


Après vingt années passées en des pays très divers, Simone Aubry-Beaulieu renouait dernièrement avec le Canada par une exposition de dessins à la Galerie de Montréal.

Malgré sa longue absence, entrecoupée de séjours à Percé, Simone Aubry-Beaulieu n'est pas ici une inconnue dans le domaine des arts plastiques. Ayant étudié pendant quatre ans à l'École des Beaux-Arts de Montréal, elle obtenait en 1949 le Prix de la Province de Québec, exposant à la même époque au Cercle Universitaire de la rue Sherbrooke, à Montréal.

Si son mariage avec le diplomate Paul Beaulieu fut à l'origine de ses nombreux voyages, il ne contraria en rien sa vocation première, et c'est avec une ferveur jamais démentie que Simone Aubry-Beaulieu s'adonne à son métier.

Elle avait rencontré Fernand Léger à New-York durant la guerre. Elle le retrouve à Paris en 1946, où elle fréquente son atelier. À Paris encore, elle fait la connaissance d'André Marchand, avec qui elle travaille et auquel une amitié de trente années la lie. Et il lui arrive parfois d'aller jusqu'à Varengeville, où Braque l'accueille et la conseille.

Après Paris, ce fut Londres; elle connut ensuite Boston, et Beyrouth, où elle demeura six ans, commençant là-bas à aborder l'abstraction alors que la fascinait le désert et les caractères arabes. Elle quitta le Moyen-Orient pour le Brésil, où elle reçut le choc de la forêt tropicale, de sa luxuriance, et de l'effervescence de la vie, toutes choses dont ses dessins propagent l'onde. Il y eut New-York, et Paris de nouveau, Lisbonne où elle reprit et développa des thèmes esquissés au Brésil.

Lors d'un séjour à Washington, elle rencontra Saint-John Perse, de qui Louise Varès traduisait les poèmes en anglais, tandis qu'elle-même illustrait Le poème à l'étrangère et faisait du poète plusieurs portraits, dont l'un devait paraître dans le Saint-John Perse des Poètes d'aujourd'hui. C'est d'ailleurs encouragée par Saint-John Perse que Simone Aubry-Beaulieu allait s'adonner d'une façon assidue à la poésie.

Comme il est plutôt rare aujourd'hui de voir une exposition de dessins, je demande à Simone Aubry-Beaulieu si, chez elle, l'oeuvre graphique prend véritablement le pas sur la peinture. Il n'en est rien, lui semble-t-il, et elle pense que peinture et graphisme peuvent être menés parallèlement en raison de la différence profonde qui existe tant dans leur développement que dans la manière de les approcher, encore que, bien sûr, le dessin reste une discipline de rigueur dont bénéficie le tableau.

Comme elle a besoin d'écrire, Simone Aubry-Beaulieu a besoin de dessiner quelques heures chaque jour, à main levée, sur de grandes surfaces. De Matisse, elle tient cette fascination du trait, admirant non moins le Picasso du Peintre et son modèle. Ce qu'elle emploie? Le goudron qu'un peu de térébenthine amène à la teinte sépia claire, l'encre de chine... Ce qu'elle affectionne? Le noir d'ivoire utilisé avec le pinceau ou avec la plume feutre.

- J'ai toujours eu une passion pour les dessins de Rembrandt, de Delacroix, pour ceux de Modigliani, que j'ai pu contempler à Paris, à la Galerie Katia Kranoff. Elle dit aussi:

- L'abstrait est une tentation, mais je me sens profondément figurative, liée que je suis à cette mémoire qui choisit et qui perpétue que le plus précieux de ce que l'on aime.

Face à la page blanche, elle aime cette émotion et ce tremblement qui précèdent le geste, la trace par lui laissée et sur laquelle on ne pourra plus revenir.

Bien entendu, elle voue aux peintres japonais un véritable culte, à cause de la visée à l'essentiel, à cause de la conjonction de la soudaine violence et de l'extrême raffinement, à cause de la violence intérieure que subjugue le cérémonial.

Il est vrai que d'un trait en même temps maîtrisé et spontané Simone Aubry-Beaulieu sait faire vibrer la page où la guide une secrète aimantation. Ce qui l'attire, c'est le foyer sensible, d'où émane la vie charnelle et foissonnante qu'elle sait faire palpiter à nos yeux, qu'il s'agisse des métisses de Rio, des feuilles de flamboyants ou de noyers du Brésil

Son art n'est pas baroque: généreux, il allie le jaillissement à la précision. Sa force, Simone Aubry-Beaulieu ne la trouve pas dans le choix volontaire, mais dans le goût profond de favoriser l'éclosion, comme d'une fleur sylvestre, de ce qui est plus fort et plus enfoui que la volonté.

Le noir, le blanc: et pourtant la couleur est là présente grâce à cette pulsion vitale par quoi se manifeste la figure sur la surface. Rien d'exotique, de naturaliste ou de réaliste: c'est simplement la réalité mystérieuse et perpétuelle de la vie. Noir et blanc: les deux seules couleurs, peut-être.

- N'est-ce pas avec le noir et le blanc que Borduas s'est le mieux et le plus intensément exprimé?, demande Simone Aubry-Beaulieu.

La loyauté préside à son ouvrage. Il y a chez Simone Aubry-Beaulieu le sens de la voie et de la quête. Elle sait aussi que la rigueur, au lieu de contraindre, exalte la source où l'oeuvre sans cesse reprend naissance.



Tulipes, 1971.
Huile sur papier;
132 cm x 91,4 cm.



Les Flamboyants, 1971.
Huile sur papier;
132 cm x 91,4 cm.



Grania, 1955.
Goudron sur papier;
132 cm x 91,4 cm.



Portrait de Grania, 1955.
Huile sur toile;
132 cm x 91,4 cm.




Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
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