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Maison du Diable; vapeurs

Le bon vieux temps

D'après des articles parus dans le journal La Patrie en décembre 1884.


    LE BON VIEUX TEMPS

    La maison du Diable. - Le premier sifflet à vapeur. - les courses de vapeurs.

  1. La Maison du Diable: de 1780 à 1880

    Il n'y a pas bien longtemps le pic du démolisseur s'attaquait à une vieillle maison en bois vis-à-vis la prison. Le Pacifique faisait raser cette bicoque afin de continuer sa voie jusqu'à ses ateliers par une route diagonale passant sous la rue Notre-Dame.

    Cet antique bâtiment, construit sous la rive escarpée du fleuve, était connue autrefois des navigateurs sous le nom de Maison du Diable. Le plus grand mystère voile l'origine de ce nom terrible. Peut-être, nous dit un vieux capitaine de goëlette, lui avait on donné ce nom, parce qu'il existait alors vis-à-vis d'elle dans le courant Ste-Marie, le plus violent des tourniquets. Ce tourniquet était à une centaine de verges de la grève et formée par la batture des Fourneaux ainsi appelée parce que les premiers fourneaux à chaux, il y a cent ans, étaient situés près de cet endroit.

    La commission du havre en prolongeant ses quais jusqu'à la prison a dragué la batture qui est disparue presque complètement aujourd'hui avec le grand tourniquet.

    Lorsqu'une goëlette remontait le courant Ste Marie à la voile, le moment psychologique du pilote était celui où il passait devant la Maison du Diable. Si le vent était assez fort pour faire passer ce point à une goëlette, le navigateur était sûr de se rendre au quai Bonsecours.

    La maison du Diable était le pont aux ânes des boeufs qui remorquaient les bateaux. Si la corde était trop longue le navire s'engageait dans le tourniquet et les boeufs étaient entraînés à l'eau, si la corde était trop courte on courait le risque de s'échouer ou de donner de la proue sur quelque écueil.

    La Maison du Diable n'existe plus, mais son souvenir restera longtemps dans la mémoire de nos marins d'eau douce.

  2. Le premier sifflet à vapeur: 1853

    Le premier vapeur du Saint-Laurent qui ait porté un sifflet à vapeur a été le remorqueur St Roch, (aujourd'hui le Gatineau) appartenant au capitaine Foisy.

    C'était en 1853 que les échos de notre grand fleuve ont répété pour la première fois les cris stridents du sifflet à vapeur.

    Les vieux navigateurs nous assurent que le sifflet du St Roch était le plus bruyant qu'ils aient jamais entendu. Il était tellement sonore qu'il pouvait être entendu à une quinzaine de mille à la ronde.

    Le vapeur qui portait ce célèbre sifflet, remorquit des radeaux entre Montréal et Québec.

    On nous rapporte que le pilote, une espèce de loustic, prenait un vilain plaisir à faire résonner l'instrument sonore au milieu de la nuit. Ce sifflet semait la terreur parmi les habitants des deux rives du St-Laurent. Les riverains s'attendaient à voir surgir des flots quelque monstre marin dans le génie de celui qui causa la mort d'Hypolite. Il glaçait le sang jusque dans le coeur des hommes les mieux superstitieux. Un ancien élève du collège de Nicolet nous dit que le sifflet du St-Roch avait créé une véritable panique dans l'établissement. Un soir le directeur s'adressa aux élèves assemblées dans l'étude et leur dit:

    - Quelque monstre, quelque animal inconnu fait entendre ses cris dans les environs du collège. Cette bête fauve pourrait causer quelque malheur. Je vous recommande de ne pas vous éloigner du collège. Lorsque vous vous amuserez, ayez soin de vous grouper plusieurs ensemble, afin de vous protéger mutuellement si un danger se présentait. Ne vous aventurez jamais seuls loin de vos résidences. Ce ne fut que plusieurs semaines plus tard que l'on apprit à Nicolet que l'épouvante était semée par le sifflet du St Roch.

  3. Courses de vapeurs entre Montréal et Québec: 1842

    Remontons maintenant à 1842 et disons un mot sur les courses des vapeurs entre Montréal et Québec.

    Cette année là, deux vapeurs se faisaient concurrence, le Lord Sydenham, commandé par le capitaine McKim et la Queen commandé par le capitaine Roach.

    En ce temps-là la concurrence avait réduit les prix de passage à 30 sous sur le pont et cinq chelins dans la cabine.

    Les Lord Syndenham et la Queen quittaient leur quai à Québec et à Montréal à la même heure et tous les jours c'était une course en règle entre les deux vapeurs rivaux. Presque tous les passagers s'intéressaient tellement à la course qu'ils étaient dévorés par une anxiété fièvreuse pendant toute la durée du voyage. Le capitaine, le mécanicien et les chauffeurs recouraient à toutes espèces de moyens pour accélérer la vitesse de la course. Le bois ne suffisant pas à donner une intensité assez forte aux feu des fournaises, on y jetait des barils de résine, de la poix et des graisses. Comme il n'y avait pas alors d'inspecteurs de bouilloires on accrochait de gros poids de fers, et des trucks à la barre de la soupape de sécurité.

    Le capitaine St-Louis nous disait ce matin qu'il avait vu un chauffeur, après avoir levé sa vapeur à la plus haute pression possible, s'asseoir sur la barre de la soupape, sans songer au danger de se rendre dans l'éternité par la ligne de l'air.

    Un jour un cultivateur de Batiscan se passionna tellement pour la course du Lord Sydenham qu'il consentit à jeter une demi douzaine de ses carcasses de cochons parce que le combustible allait faire défaut.

    La palme de la course changeait de mains très souvent, car la vitesse des deux bateaux était à peu près la même.

    A propos du capitaien Roach, un monsieur qui l'a fort bien connu, nous disait ce matin qu'il ne savait que deux mots de français:

    Trente sous.

    Lorsqu'un canadien français lui demandait: "A quelle heure part votre bateau capitaine?

    Il répondait d'une voix sourde et brève: Trente sous! Trente sous!

    La Patrie, samedi 13 décembre 1884, page 4.





Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
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