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Drame judiciaire

Le bon vieux temps

D'après des articles parus dans le journal La Patrie en décembre 1884.


    LE BON VIEUX TEMPS

    Un drame judiciaire en 1833

  1. Euphrasine Martineau, épouse d'Adolphus Dewey: 1833

    Adolphus Dewey, en 1833, tenait un magasin de nouveautés sur la rue Saint-Paul, près de l'encoignure de la petite rue Saint-Vincent. Il était âgé d'environ trente ans et d'origine allemande. C'était un homme aux traits distingués et il avait une physionomie franche et ouverte. Il jouissait d'une bonne réputation parmi ses concitoyens et il était admis dans la meilleure société.

    Il avait épousé une couple d'années auparavant une jeune fille de dix-sept ans d'une grande beauté. Mademoiselle Euphrasine Martineau, fille de Louis Martineau, meublier de la rue Saint-Laurent. Madame Dewey avait été élevée par un de ses oncles M. Simon Delorme, qui résidait au coin des rues Saint-Laurent et Craig.

    Les premiers mois du ménage de Dewey furent heureux, mais plus tard, Félix Mercure, le même dont nous avons parlé dans notre dernière causerie, remplissant le rôle d'Iago, distilla dans son coeur le venin le plus corrosif de la jalousie.

    Une fois en proie aux noirs soupçons Dewey ne connut plus de jours heureux. La jalousie qui était entrée dans son coeur brisa tellement son bonheur domestique qu'il dût se séparer de sa jeune femme.

    Écoutant les bons conseils de ses amis convaincus de l'innocence de son épouse, il consentit à des raccordailles.

  2. Attaque meurtrière sur Euphrasine Martineau le 24 mars 1833

    Le dimanche 24 mars 1833, quelques jours seulement après être rentré en ménage avec sa femme, Dewey l'amena à la messe basse de Notre-Dame. Après le service divin Dewey conduisit sa femme à son magasin sous un prétexte quelconque. Il ferma les portes de son magasin et, s'emparant d'une hache, il en asséna un coup à la malheureuse. Il prit ensuite un rasoir et lui coupa la gorge. Il laissa sa femme baignant dans son sang et s'enfuit aussitôt. Il se rendit sur la rue Mignonne où il engagea un maître-chartier, Toussaint Lecompte, pour le conduire à Burlington N.-Y.

    Madame Dewey ne succomba pas immédiatement aux coups terribles qu'elle avait reçus. Elle réussit à ouvrir une des fenêtres du magasin et donna l'alarme au voisin, M. Charles Roy, qui la conduisit chez lui. La malheureuse après avoir reçu les premiers pansements fut transportée à la résidence de son oncle Delorme chez qui elle rendit le dernier soupir cinq ou six jours plus tard, ayant révélé avant de mourir les détails navrants du crime dont elle était victime.

    Le meurtrier fut arrêté à Burlington par le bailli Louis Malo. Il déclara à l'officier qu'il s'était laissé arrêter parce que sa femme était morte. Si elle avait survécu à ses blessures il n'aurait jamais consenti à être appréhendé. "J'aimais ma femme à la folie, dit-il, mais maintenant qu'elle est morte il ne me reste plus qu'à mourir."

  3. Le procès d'Adolphus Dewey les 16 et 17 août 1833

    Le procès d'Adolphus Dewey commença à huit heures et demie du matin, le 16 août 1833, à Montréal, devant la cour d'Oyer et Terminer. La cour était présidée par le juge en chef Reid et les juges Pyke et Guy.

    M. C. Ogden représentait la couronne.

    MM. W. Walker, C. S. Chénier et Charles Mondelet étaient au banc de la défense.

    Les témoins à charge étaient les docteurs Daniel Arnoldi, Pierre Beaubien, et Robert Nelson, MM. David Laurent, François Leclerc, Isidore Leclerc, Charles Fleury Roy, Louis Martineau, Simon Delorme, le révérend M. Nicolas Dufresne et deux cochers de place nommés Joseph Globensky et Narcisse Globensky et Toussaint Lecompte.

    Les petits jurés étaient tous Canadiens-français. Le procès dura deux jours. Le 17 août Dewey fut trouvé coupable et condamné à être pendu le vendredi, le 30 du même mois. En ce temps-là les condamnés à mort n'avaient pas le même confort qu'ils ont aujourd'hui dans leurs cellules. Ils étaient attachés au mur du cachot par des chaînes aux pieds. Le géolier était le capitaine Holland qui était père de trois jeunes filles. Une de ces dernières éprouva, nous dit-on, une passion des plus tendres pour le condamné à mort. Elle offrit à Dewey tous les moyens d'effectuer son évasion, mais celui-ci ne voulut pas échapper à la potence et refusa de se servir des instruments que la jeune fille lui avait procurés pour briser ses chaînes.

  4. L'exécution d'Adolphus Dewey le 30 août 1833

    Dewey manifesta le désir de porter un habillement noir le jour de son exécution. Ses amis lui donnèrent la veille l'habillement qu'il demandait et il marcha à l'échafaud avec une toilette de gala.

    L'échafaud était dressé au-dessus d'une galerie de la prison du côté du Champ-de-Mars.

    Vendredi, le 30 août, une foule de plus de dix mille personnes était massée sur le Champ de Mars pour assister à l'exécution.

    Le condamné avait puisé dans la religion une force et un courage extraordinaires; il marcha à l'échafaud d'un pas ferme et lorsqu'il fut placé sur la trappe, il fit une courte allocution au peuple, disant qu'il était content de mourir pour son crime et demandant aux chrétiens de prier pour son âme.

    Quelques instants après, la trappe se déroba sous ses pieds et son cadavre balança dans l'espace.

    La Patrie, vendredi 19 décembre 1884, page 4.





Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 14 décembre 2018
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