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Procès de Martin Considine pour le meurtre

Martin Considine, accusé du meurtre du constable John Malone

Date du premier procès avorté: 16 septembre 1885
Dates du second procès avorté: 17 au 21 septembre 1885
Dates du troisième procès: 9 au 12 novembre 1885
Verdict: acquittement



  1. mercredi 16 septembre 1885, page 4
    LE MEURTRE DE MALONE
    Procès de Martin Considine

    La cour d'assises a été saisie, ce matin, du procès de Martin Considine, accusé du meurtre de l'homme de police Malone, affaire arrivée le 19 juillet dernier.

    Le prisonnier est un jeune homme de bonne mine, âgé de 22 ans environ. Il est défendu par MM. H. C. St Pierre, Denis Barry et J. J. Curran, M. P.

    Un jury mixte est assermenté et le premier témoin entendu est le coroner Jones, qui soumet le résultat de l'enquête du coroner, un verdict de meurtre.

    Andrew O'Neil, constable, dépose comme suit:

    "Dimanche, le 19 juillet dernier, vers six heures du matin, j'étais en surveillance avec le défunt Malone, dans la rue Murray, lorsque nous vîmes de loin trois individus se quereller. Nous nous dirigeâmes de ce côté. C'étaient le prisonnier Considine et deux frères du nom de Hamilton.

    Nous ordonnâmes à ces gens de circuler mais ils refusèrent et je dus pousser un des Hamilton, qui immédiatement commença à ôter son habit pour me battre. Malone le saisit alors.

    Je vis aussitôt Considine ramasser une brique et demander en jurant la libération de son ami. Pendant que je mettais la chaîne autour du poignet de Hamilton, je vis encore Considine entrer dans une cour et sortir avec une perche de cinq ou six pieds de longueur. Il attaqua avec cette perche le sergent McCambridge, qui arrivait à notre aide, mais je courus sur lui et il lâcha la perche et se sauva dans la rue William.

    Un instant après, comme nous ammenions Hamilton, j'entendis le bruit d'un coup et vis Malone tomber. Je ne savais pas qu'il avait été frappé; la foule criait que Considine se sauvait au milieu des gens rassemblés.

    Je l'arrêtai plus tard dans sa maison, rue Lagauchetière, et comme je le conduisais aux cellules du poste, il me dit d'un ton menaçant qu'il me rencontrerait plus tard et qu'il avait assez d'influence au conseil municipal pour sortir facilement de la difficulté.

    Le procès se continue cette après-midi.

  2. jeudi 17 septembre 1885, page 4
    COUR D'ASSISES
    L'affaire Malone

    Le constable O'Neil a continué sa déposition hier après-midi. Il a été transquestionné par la défense, qui est représentée par MM. Saint-Pierre, Curran et Barry.

    Le Dr Leprohon est ensuite appelé à donner son témoignage, mais il est interrompu par l'officier de la santé McNiece, qui vient annoncer qu'il y a un cas de picotte dans la famille de l'un des jurés, un nommé Augustin Guillemette.

    Le juge interroge le juré en question du répond qu'en effet un de ses enfants est atteint de la picotte, mais qu'il a été isolé de la famille depuis quelque temps, et ce matin, vu qu'il est guéri, on l'a ramené à la maison. Il n'a vu son enfant que quelques minutes avant de venir à la cour.

    Les docteurs McNiece Leprohon et Gray sont assermentés et déposent que le cas est suffisant pour communiquer la maladie aux autres membres du jury.

    Le nommé Guillemette déclare demeurer au No 91[?] ½ rue St Paul.

    Le juge demande aux avocats des deux parties ce qu'ils entendent faire dans cette circonstance, s'il désirent renvoyer le jury pour en assermenter un nouveau.

    Après quelques minutes de délibérations, le jury est congédié, et la cour ajourne.

    On a soumis la salle d'audience à des fumigations.

  3. jeudi 17 septembre 1885, page 4
    COUR D'ASSISES
    Un point de droit important

    A l'ouverture de la cour d'assises, ce matin, le juge Baby a annoncé qu'en conséquence des dangers de la variole, les témoins seulement seraient admis, dorénavant, dans l'enceinte de la cour.

    M. Barry fait remarquer que parmi les témoins de la poursuite, il s'en trouve un qui a de la maladie dans la famille.

    Ce témoin confirme la nouvelle et, sur production d'un certificat du bureau d'hygiène, il est renvoyé chez lui.

    Le jury ayant été forcément congédié, hier, dans le procès Considine, on procède à un nouveau procès.

    M. Barry dit qu'il produit un plaidoyer de "autrefois acquit" parce que le jury d'hier a été renvoyé sous le consentement du prisonnier. La loi anglaise dit que la vie d'un homme ne peut être mise deux fois en jeu pour le même crime. Il croit que son client devrait être acquitté. Il n'a pas d'objection à ce que le procès continue, mais le point qu'il soulève devra servir pour un appel, dans le cas d'un verdict de culpabilité.

    On assermente un autre jury et on recommence, avec les mêmes témoins, la preuve faite hier.

  4. vendredi 18 septembre 1885, page 1
    COUR D'ASSISES
    Séance d'hier après-midi.

    Le procès de Considine pour meurtre continue.

    Le constable O'Neil termine sa déposition. Il est ensuite transquestionné par la défense. Il jure positivement qu'il n'a pas touché le prisonnier avec son bâton; que l'affaire s'est passée dans la seconde porte sur la rue Ottawa, près du canal, et que toute la scène n'a pas duré six minutes.

    Le témoin dit qu'il était un des meilleurs amis de la famille du prisonnier. Une fois il a exhibé son pistolet devant le frère du prisonnier, mais dans un cas de légitime défense. Un jour, vers six heures du matin, chez M. Considine, il a dit à Mme Considine qu'il avait un mandat d'arrestation contre une personne de la maison. Celle-ci lui répondit qu'elle n'avait pas d'affaire là. Le père du prisonnier se leva et parut aller chercher une arme à feu. La mère et la soeur du prisonnier se sont jetées sur lui et l'ont menacé de le mettre à la porte. Alors il sortit et alla dire à ses compagnons qu'il craignait que Considine père, ne fit feu sur lui.

    Pendant qu'il avait son pistolet dans la main le témoin jure qu'il ne le tenait pas pointé sur Considine père. Il ne lui a pas dit non plus qu'il désirait le ruiner mais sa fille le menaçait de le mettre à la porte, alors il lui a dit qu'il allait la conduire à la station de police. Lorsqu'il est arrivé à l'endroit où eut lieu l'assaut sur le sous-constable Malone, il a vu les deux frères Hamilton et une foule nombreuse qui remplissait la rue.

    Le sergent Hynes dit que le 19 juillet dernier le sous-constable Malone est arrivé à la station avec son chapeau troué. (Il exhibe le chapeau).

    On a fait venir le Dr Leprohon, qui pansa la blessure de Malone. On lui remit ensuite son chapeau et on le conduisit dans sa famille.

    Le constable Henry Collins dit que le premier jour de l'enquête, il est allé chercher le chapeau en question, à la résidence de Malone et c'est exactement le chapeau que portait le défunt le jour de l'assaut.

    Tous les hommes de police portaient alors des coiffures semblables. Il n'a pas connaissance de l'assaut et n'a pas vu Malone lorsqu'il a été amené blessé à la station.

    Le constable Thomas dit que c'est lui qui a remis le chapeau au constable Collins. Depuis le moment que Malone fut blessé il est allé le visiter chez lui tous les soirs. Il n'était pas présent à la bagarre qui a eu lieu, rue Murray. La première fois qu'il a vu ce chapeau, c'est le soir de la bagarre, à 10 heures. Il a lui-même lavé la blessure du défunt et il peut dire que le trou que porte le chapeau correspond à l'endroit de la blessure que Malone reçut à la tête.

    Le Dr Leprohon dit que, le 19 juillet dernier, il fut appelé à la station de police de la rue Young pour donner des soins au défunt, John Malone. Il a constaté qu'il a reçu une blessure (ou coupure) sur la bosse occipitale. Cette blessure avait un pouce et demi de long environ. Il a fait le pansement de la blessure et a fait conduire le défunt à sa maison. Il lui a donné des soins pendant trois ou quatre jours, et il a ensuite discontinué ses visites. Le Dr Guérin était le médecin de la famille.

    Le 27 juillet, en compagnie du Dr Guérin, il a fait l'examen post mortem, et on a constaté qu'il y avait une fracture de la bosse occipitale et des caillots sanguins à gauche et à droite du cerveau. On conclut que la fracture de l'occiput fut la cause de la mort du défunt.

    Puis la cour ajourne.

  5. vendredi 18 septembre 1885, page 4
    COUR D'ASSISES
    Suite du procès Considine.

    Comme le procès Considine paraît devoir durer jusqu'à demain, les petits jurés ont été congédiés jusqu'à lundi, à l'ouverture de la cour, ce matin.

    Les euls témoins entendus, ce matin, ont été le Dr Guérin et le sergnt McCambridge.

    Le Dr a déposé qu'il avait donné des soins au défunt constable Malone jusqu'à ses derniers jours et avait fait l'autopsie avec le Dr Leprohon. Son opinion est la même que celle du Dr Leprohon.

    Le sergent McCambridge donne ensuite son témoignage, qui corrobore en tous points celui du constable O'Neil, entendu hier.

    Il a vu une brique lancée par quelqu'un frapper Malone à la tête et au même instant, il a vu Considine se sauver et l'a entendu crier: Take that you son of a b...!

    La transquestion prend une bonne partie de l'après-midi.

    Depuis l'ordre de ne laisser entrer que les témoins dans les causes, la cour est presque vide.

  6. samedi 19 septembre 1885, page 4
    COUR D'ASSISES
    L'affaire Considine - Témoignages importants

    La cour d'assises a siégé jusqu'à 9.30 hrs, hier soir. Les seuls témoignages importants sont les suivants:

    Pendant que Malone tenait Hamilton par le collet de son habit, le constable Atcheson dit qu'il vit un homme s'approcher par derrière et frapper Malone sur le derrière de la tête, et en même temps son chapeau se releva sur son front. Malone baissa la tête alors et les jambes commencèrent à lui fléchir et il tomba à la renverse, l'épaule sur le trottoir, et la tête dans la rue, et bientôt le corps entier roula dans la rue.

    Aussitôt qu'il s'aperçut que le constable Malone était frappé, il regarda d'où pouvait venir le coup, et c'est alors qu'il vit le prisonnier à la barre. C'était la première fois qu'il le voyait. Le prisonnier se trouvait exactement dans la position d'où pouvait être venu l'objet qui avait atteint Malone. Une couple de secondes après, le constable O'Neil s'est écrié: "Très bien! très bien! Considine, je te reconnais, c'est toi qui a fait le coup." Considine était alors sur le trottoir, se détournant pour prendre la rue. Il a perdu le prisonnier de vue et il ne l'a plus revu.

    Mary Cunningham, de la rue Murray, a vu, lors de la bagarre, le prisonnier Considine tenant une brique à la main et le bras levé mais elle ne l'a pas vu lancer la brique.

    Après qu'on eut emporté Malone, elle vit le prisonnier au coin des rues William et Murray et elle l'entendit dire: "J'aime mieux tuer un de ces hommes de police que de me voir emmener à la station de police, et je l'ai fait." Elle s'adonnait à passer tout près du prisonnier lorsqu'il prononça ces paroles. C'était un instant après qu'elle eut vu le prisonnier, la brique à la main. Elle revenait de chez sa tante. Elle ne connaissait nullement le constable Malone.

    Sylva Paquette, journalier, demeurant à Montréal, dit qu'il a eu connaissance de la bagarre en question: c'était le dimanche après-midi, vers six ou sept heures. Il était dans la porte de cour chez lui, rue Murray.

    Il vit un rassemblement dans la rue Murray, près de la rue Ottawa. Il vit le prisonnier à la barre avec une perche d'une dizaine de pieds de long. Le prisonnier s'est élancé et a frappé le constable Malone qui a paré le coup avec sa canne. Le prisonnier prit la fuite, mais il ne fit pas long ce chemin, et il revint de suite sur ses pas et entra dans la cour de M. Doyle. Il en sorti avec une brique à la main, et après s'être reposé il lança la brique à l'homme de police et l'atteignit derrière la tête. Après cela, le prisonnier à la barre a pris de nouveau la fuite. Il a vu le défunt tomber par terre.

    Il ne connaissait pas l'homme de police, mais il sut plus tard que c'était le constable Malone. Il était tout près du défunt, à environ 4 ou cinq pieds de distance. Le prisonnier était sur le trottoir.

    Quand Malone a reçut la brique sur la tête il était penché sur William Hamilton. Il vit les deux hommes de police qui traînaient Hamilton qui avait les deux mains ligottées et essayait de s'échapper.

    Il y avait autour de Malone quatre ou cinq personnes, mais il ne les connait pas. Il ne sait pas si Malone avait un chapeau, mais il vit tomber la brique qui blessa Malone. Quand le prisonnier alla chercher sa brique dans la cour, M. Doyle se trouvait dans la porte de la cour.

    Puis la cour ajourne.

  7. samedi 19 septembre 1885, page 4
    COUR D'ASSISES
    Le meurtre de Malone

    Repris à 9.30 heures, ce matin, le procès de Considine ne parait pas devoir se terminer ce soir avant minuit, si toutefois on parvient à une décision ce soir.

    On a commencé un peu aant midi l'audition des témoins de la défense. Il ne parait pas évident que la preuve sera forte en faveur du prisonnier.

    Après la preuve, il restera à faire cinq longs discours, deux par la défense, deux par la poursuite et un par le juge. Si l'on siège ce soir, il y aura donc de quoi occuper le jury.

  8. lundi 21 septembre 1885, page 4
    COUR D'ASSISES
    Un procès à recommencer - ...

    La cour d'assises n'a siégé que cette après-midi, à cause de la maladie d'un des jurés dans le procès Considine. Cet homme souffre d'une forte indigestion et l'on a dû congédier de nouveau le jury dans cette cause qui sera recommencée à la prochaine session de la cour...

  9. lundi 9 novembre 1885, page 4
    Cour d'assises

    Charles Considine, accusé du meutre du constable Malone, a été appelé à subir son procès, ce matin, mais ses avocats, MM. Barry et Curran ont demandé son acquittement en alléguant qu'on ne pouvait lui faire subir un second procès, vu que le jury a été congédié, dans son cas, à la dernière session de la cour.

    On se rappelle que le jury a été congédié parce qu'un de ses emmbres avait un enfant malade de la variole.

    Les plaidoieries ont accupé l'attention de la cour durant toute l'avant-midi.

  10. mardi 10 novembre 1885, page 4
    Cour d'assises

    Le juge ayant décidé contre les objections de la défense dans la cause de Considine, le procès a été repris hier, et s'est continué durant toute la journée. La défense a commencé à faire sa preuve, ce matin et on espère que le procès sera terminé ce soir.

  11. mercredi 11 novembre 1885, page 4
    Cour d'assises

    Arrêts du grand jury

    La cause Considine occupe encore l'attention de la cour aujourd'hui et comme la transquestion des témoins est longue, on ne peut prévoir encore la fin du procès...

  12. jeudi 12 novembre 1885, page 4
    COUR D'ASSISES
    Charles Considine acquitté

    Le procès de Charles Considine, accusé du meurtre du constable Malone, s'est terminé hier soir.

    Les avocats de la défense s'étaitent particulièrement attachés à signaler les contradictions des témoins à charge, et le juge, en faisant le résumé de la cause au jury, déclara qu'il était lui-même embarassé et qu'il n'avait jamais entendu une cause, où la preuve fut si contradictoire.

    Le seul point à décider pour le jury était de savoir si le prisonnier avait lancé la brique ou non et de rendre un verdict d'homicide ou d'acquittement. S'il avait un doute sérieux, son devoir était d'acquitter le prisonnier.

    Le jury n'a délibéré que quelques minutes et rendu un verdict d'acquittement.

    Le prisonnier a donné ensuite un cautionnement de $400 pour garantir qu'il comparaîtrait demain pour assaut sur le sergent McCambridge.

    Et la cour a ajourné à demain.

  13. jeudi 12 novembre 1885, page 4
    L'affaire Considine

    Le jury a acquitté le nommé Considine de l'accusation de meurtre portée conbtre lui se composait de sept Canadiens français et de cinq citoyens de langue anglaise.

    Les deux conseils dans la cause, MM. Curran et St Pierre ont fait de très remarquables discours, et l'issue du procès est un nouveau triomphe pour eux.

    M. St-Pierre a été remarquablement heureux dans toutes les causes excessivement importantes qu'il a eues à la dernière comme à la présente session de la cour d'assises.

    Ses succès sont presque sans précédent dans les annales criminelles de notre ville.





Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
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