Mes racines / my roots

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Le procès de Alexis H. Caza

Alexis H. Caza, accusé de meurtre de Joseph Pilon, à Côteau-Landing

Dates du procès: du 27 au septembre au 2 octobre 1888
Verdict: non coupable



  1. mercredi 15 août 1888, page 4
    L'AFFAIRE CAZA

    A. H. Caza ... est haut de près de 6 pieds, mince, élancé, brun, portant moustache noire... Caza, dont la famille est de St Anicet, est arrivé récemment en Canada. Il venait de Californie, après 17 ans d'absence. Il est immensément riche, étant propriétaire de ranches dans le Montana et de mines en Californie. Il valait au moins $150,000.00 Ceci nous l'affirmons sans crainte d'être contredit.

    Il venait de se marier à l'une de ses cousines, une demoiselle Caza, qu'il aimait depuis longtemps.

  2. mercredi 22 août 1888, page 3
    L'AFFAIRE CAZA

    Caza a été traduit cette après-midi devant le coroner en cour du Banc de la Reine, pour entendre la lecture des témoignages et pour avoir le privilège de transquestionner les témoins.

    Caza est arrivé en cour à 2 hrs, précises, suivi d'une foule nombreuse. Il était accompagné de ses avocats, MM. C. A. Geoffrion, H. C. St-Pierre et A. E. Poirier.

    Les deux premiers témoignages que l'on a lus, sont ceux des Drs Bourbonnais et Danth. Le prisonnier a déclaré n'avoir pas de questions à poser à ces deux témoins. Puis on a procédé à la lecture des autres témoignages.

    Caza était vêtu en parfait gentleman, cette après-midi. Il portait un frac noir et des pantalons pâles. Il semblait nullement effrayé du procès qu'on lui prépare.

    Tous les jours on récueille des témoignages importants en sa faveur.

    En réponse aux informations prises sur le compte de Caza, des différentes parties du Montana et de la Californie, où il a passé une grande partie de sa vie, on dit qu'il a toujours joui de l'estime et de la considération générales. Le maire de Butte Cité où il a vécu longtemps, rapporte que Caza était estimé par tout le monde et était renommé pour son esprit de charité.

  3. vendredi 24 août 1888, page 4
    L'AFFAIRE CAZA!
    A LA COUR DU BANC DE LA REINE

    Caza, le meurtrier de Pilon, l'hôtelier du Côteau Landing, a été amené en Cour ce matin.

    Un grand rassemblement se forma à son arrivée à la Cour. Caza ne paraissait pas ému. Il a pressé la main à ses avocats et à quelques amis.

    Traduit devant le magistrat de police, il a été condamné à subir son procès aux prochaines assises criminelles. Il sera défendu par MM. C. A. Geofrrion, C.R., Saint-Pierre et Poirier.

    Caza a pleine et entière confiance qu'il sera acquitté.

    Les témoignages de sympathie lui arrivent tous les jours.

  4. samedi 1er septembre 1888, page 4
    CAZA

    Ce sera MM. Geoffrion, H. C. St Pierre, A. E. Poirier et F. X. Dupuis, qui défenderont Caza.

  5. jeudi 27 septembre 1888, page 4
    COUR D'ASSISES
    CAZA!
    A-t-il été provoqué?
    Tout le monde sympathise avec lui

    A 10 ½ heures ce matin, un grand nombre de spectateurs se pressaient dans l'enceinte de la cour d'assises pour entendre la célèbre cause de Caza.

    Son Honneur le Juge Dorion préside.

    Au banc de la défense ssont: MM. C. A. Geoffrion, H. C. St-Pierre, A. E. Poirier et F. X. Dupuis.

    M. Raymond Préfontaine, M.P., conduit la cause pour la Couronne.

    On appelle alors Caza à la barre. Tous les regards se tournent instinctivement de son côté.

    Le prisonnier est un peu pâle; sa figure porte les traces des émotions qui ont dû l'agiter à l'approche de son procès.

    On assermenta le jury suivant:

    Guillaume Gratton, Wilfrid David, François Perrault, Joseph Bienvenu, Joseph A. Gougeon, Jean-Baptiste Lanouette, Côme Bissonnette, André Bisson, Magloire Desparois, Joseph Ledoux, Charles Belisle, Octave Therrien.

    M. H. C. St-Pierre fait motion qu'un siège soit accordé au prisonnier, vu qu'il est malade et affaibli par la longue détention qu'il a eu à subir depuis son incarcération.

    Son Honneur décharge alors les petits jurés vu qu'il n'y a pas d'autre cause à entendre jusqu'à la fin du terme.

    M. R. Préfontaine, substitut du procureur-général, explique alors la cause aux jurés.

    L'accusation est que Alexis H. Caza a assassiné, le 14 août dernier, Joseph Pilon, hôtelier du Coteau du Lac.

    Le coroner Jones est assermenté et dépose qu'il a produit tous els documents qui sont maintenant devant la cour.

    On appelle alors Joseph Lalonde, forgeron du Côteau Landing. Il connaissait le défunt et il a aussi connu le prisonnier le 14 août. Il l'a vu la première fois assis sur le perron du magasin de M. Carrière, entre 10 et 11 heures du soir. Il ne l'avait jamais vu auparavant. Le témoin venait de chez lui, le deuxième voisin de chez Pilon. Le magasin de Carrière se trouve en face de chez Pilon, de l'autre côté du chemin. Il est allé pour entrer dans le magasin de Carrière, mais comme il n'y avait pas de lumière il n'a pas pu entrer, Caza était seul assis sur le perron.

    Il est parti de chez Carrière et est allé pour entrer chez Pilon et comme il entendait du bruit dans la maison, il a demandé à M. Richard Méthot, qui sortait de l'hôtel, ce qu'il y avait. Il lui a répondu que c'était le jeune Pilon qui se chicanait avec un commis-voyageur. Alors, le défunt Joseph Pilon est sorti et est allé au côté de la maison, où était la voiture, le long de la galerie, vis-à-vis le chemin conduisant à la station. Pilon est sorti par la porte donnant sur le devant de l'hôtel. Rendu à la voiture, Pilon a jeté par terre une grosse valise qui s'y trouvait. Il avait un fanal dans le bras gauche qui était coupé jusqu'au poignet. Alors, Caza est parti de chez Carrière et s'est dirigé à l'endroit où Pilon était. Il est allé près de Pilon et lui a dit que c'était son butin et qu'il ne voulait pas qu'on l'abimât. Quand il a dit cela, il était d'un côté de la voiture et Pilon était de l'autre côté. Le défunt n'a rien répondu.

    Il y avait une autre petite valise qui était à côté de la voiture dans la même direction de Caza, sur le terrain de Pilon. Le témoin était à une vingtaine de pieds de Pilon et un peu plus de Caza. Le défunt a alors fait le tour de la voiture pour prendre son cheval à la bride pour l'emmener. Ils se sont alors rencontrés tous les deux, le prisonnier et le défunt. Il ne sait pas si Pilon a frappé Caza, mais il a entedu le prisonnier qui disait: "qu'il n'avait pas peur de ses tapes" et il a reculé. Pilon a continué alors a se diriger vers la tête de son cheval. Caza a alors levé son pistolet sur le défunt disant qu'il pouvait lui flamber la cervelle. Quand il est arrivé dans le chemin, le témoin lui a vu une arme dans la main; c'était un pistolet. Quand il a prononcé les dernières paroles il a levé son pistolet à la hauteur du défunt.

    Le défunt n'a rien dit et s'est dirigé vers son cheval, l'a pris par la bride et l'a mené vers les bâtiments. Caza a ramassé alors la petite valise qu'il a posé sur la grosse, ajoutant que "s'il n'était pas Canadien, il lui flamberait la cervelle." Le prisonnier a reculé dans le chemin une dizaine de ppieds. Il ne pouvait voir revenir Pilon de ses bâtiments, mais il pouvait voir le prisonnier. Il a entendu Caza dire "ne fonce pas sur moi ou je te tire." Il pense que c'est au défunt que ces paroles étaient adressées, mais il ne le voyait pas. Quelques secondes après il a entendu la détonation du coup de pistolet. C'est le prisonnier qui avait tiré ce coup de pistolet. Il n'a pas vu le défunt immédiatement après le coup car Mme Pilon et Mme Marchand avaient eu le temps de se rendre avant lui. Il a aidé à l'emporter dans la maison avec Richard Méthot qui était là. Après que le coup a été tiré il a entendu le cri de "Oh! mon Dieu" avant qu'on vint entrer le corps dans la maison. Après être entré dans la maison, Pilon n'a fait que râler et il est mort aussitôt. Il y avait quelques autres personnes dans la maison. Quelqu'un est allé cherché le docteur et le prêtre. Nous avons placé le défunt sur un fauteuil, dans une chambre et là nous lui avons enlevé sa chemise pour voir où il avait été tiré. Il était alors avec M. Giroux. On a vu qu'il était tiré à environ deux pouces du sein gauche. Il y avait bien peu de sang.

    Après avoir tiré, Caza est parti du côté du chemin de la Reine. Il ne sait quel bord il a pris. Il n'a pas vu Pilon depuis ce temps-là. Il faisait trèsnoir et il n'a pas vu Pilon s'approcher assez près de Caza pour le voir. Le déunt tenait un hôtel licencié au Côteau. Le défunt ne portait qu'une chemise de flanelle et elle était percée.

    Transquestionné. - Il demeure en bas de chez M. Pilon, le 2e voisin. Il travaille la forge pour son père et tient un magasin pour lui-même. Il est d'abord allé chez Carrière, ensuite chez M. Prieur, marchand, chez un autre M. Prieur, hôtelier, ce dernier tout près de chez Pilon, presque vis-à-vis. Il est demeré une vingtaine de minutes à l'hôtel Prieur.

    Séance de l'après-midi

    Richard Méthot, cultivateur de St-Zotique est ensuite assermenté:

    Le 14 août dernier, entre 10 heures et 11 heures du soir, le prisonnier et Elie Pilon sont arrivés en voiture ensemble. Caza est entré dans le magasin de M. Carrière et nous a demandé où était le chemin qui conduit au Bohemian. Le prisonnier a ensuite voulu retourner le cheval du côté du quai du Bohemian et alors le témoin a entendu le jeune Pilon qui criait: "Papa, venez à mon secours."

    Le fils de Pilon et Caza étaient ensemble dans la voiture. Je me trouvais alors avec Julien Carrière et ce dernier m'a dit "Allons voir ce qu'il y a". Rendus là nous avons vu que le fils du défunt était en boisson. Le témoin a essayé de prendre le prisonnier par les épaules pour le faire débarquer de la voiture mais Carrière lui a alors crié "Lache-le, il a un pistolet". Quant au témoin, il n'a pas vu le pistolet.

    Caza a alors jeté le jeune Pilon en bas de la voiture. Quand Pilon est tombé, il avait les guides dans les mains.

    Je suis alors allé prendre le cheval par la bride. Julien Carrière est alors allé relever Pilon et l'a ramené sur le trottoir. J'ai aidé Carrière à amener Pilon jusqu'au perron de la maison du défunt. Pendant ce temps là Caza était toujours dans la voiture. Rendu là André Montpetit m'a aidé à transporter le jeune Pilon dans la maison. On est entré par la porte du milieu. Nous avons perdu Caza de vue pendant que nous aidions au jeune Pilon à entrer chez lui.

    Quand le défunt a entendu son fils crier "venez à moi, venez," il est sorti en caleçon et est venu près de la voiture. Il a emporté une chaise rouge et l'a déposée près de la voiture. C'était après que le prisonnier eut jeté le jeune Pilon en bas de la voiture. Le défunt est ensuite entré dans la maison et m'a dit "prends donc soin de mon garçon." Le père Pilon est ensuite monté dans sa chambre pour mettre ses pantalons. Quand le prisonnier est entré dans la maison, M. Giroux tenait le jeune Pilon.

    En arrivant dans la maison, Caza a dit à Pilon: "Est-ce votre garçon?" Pilon a répondu "Oui." "Alors, il se trompe grandement," reprit Caza.

    C'est alors que Mme Marchand est descendue avec un bâton et Caza l'a pris par les poignets et l'a repoussée près du mur. Alors Mme Marchand s'est écriée: "Papa, venez-donc à moi, c'est un vrai rough!" Le défunt est alors venu et à dit au prisonnier: "Hurrah! dehors."

    Le prisonnier est alors sorti et le défunt l'a suivi. Arrivé dehors, le défunt a jeté les valises en bas de la voiture. Il avait alors un fanal dans le bras. Après avoir débarqué les valises, le défunt est allé conduire son cheval sous la remise.

    Quand Caza lui a dit que s'il ne laissait pas ses valises tranquilles il le tirerait avec un pistolet qu'il lui montra. Le défunt dit alors "Tire, tire la balle." Et alors le prisonnier a tiré.

    Un grand nombre de personnes du Côteau Landing que nous avons vues, ce matin, disent que Caza a toutes les sympathies de la paroisse.

  6. vendredi 28 septembre 1888, page 3
    COUR D'ASSISES
    Séance d'hier après-midi

    Suite du témoignage de Méthot.

    Quand Caza eut tiré M. Pilon, Mme Pilon a crié: venez m'aider à porter mon mari à la maison. On est parti deux ou trois, mais dans l'excitation générale je n'ai pas remarqué quelles étaient les autres personnes, nous avons pris le vieux Pilon par les bras et nous l'avons porté sur le sofa dans le salon.

    Le témoin dit qu'on lui a présenté un verre d'eau pour faire boire la victime. Le sang lui a alors sorti par la bouche. Une personne a alors levé la chemise pour voir où le coup avait proté. La blessure était à deux pouves environ en haut du sein gauche. Quelques personnes ont crié: vite, vite le docteur. Le médecin a été mandé, mais la victime était morte et le témoin croit qu'elle n'a pas vécu plus de deux minutes après avoir reçu le coup.

    Le témoin est allé au départ du vapeur "Bohemian" pour voir si le prisonnier y était, mais il ne l'a pas vu. Il l'a vu ensuite sur le chemin public. Il a vu Mme Pilon et Mme Marchand courir auprès du corps de la victime.

    Quand Caza est parti, il a laissé ses valises là où Pilon les avait jetées.

    Les personnes présentes tenaient le jeune Pilon au bas de la maison parce qu'il était ivre et qu'il faisait du tapage.

    Le témoin n'a pas vu dételer le cheval. Il a vu le jeune Pilon débarquer les valises de de Caza pour conduite le cheval et la voiture au fond de la remise.

    Le témoin n'a pas compris les paroles qui ont été échangées entre Caza et Pilon lorsque celui-ci fut revenu après avoir conduit sa voiture au fond de la remise. Caza a dit alors au jeune Pilon: "Je te défends de toucher à mon butin."

    Transquestionné par l'avocat de la défense, le témoin dit qu'il connaît Joseph Lalonde, le témoin entendu avant lui. Il ne sait pas si ce Lalonde était parent avec le défunt. Il a entendu Caz demander à M. Carrière la direction pour se rendre au quai du vapeur Bohemian.

    Il a bien vu le jeune Pilon enlever les rênes à Caza parce que celui-ci voulait conduire la voiture au quai. Caza a poussé le jeune Pilon en bas de la voiture. Quand Caza a été pour détourner la voiture le jeune Pilon a crié: "papa, venez à moi." Le père Pilon est arrivé quelques minutes après. Le témoin et M. Carrière ont porté le jeune Pilon à la maison.

    Le témoin est arrivé à la maison de M. Pilon avant Caza. Il a vu descendre Mme Marchand, la fille du défunt, avec un bâton. Le prisonnier a sans doute compris qu'on voulait le frapper puisqu'il a saisi les bras de Mme Marchand. L'attention du témoin était attiré par le jeune Pilon qui faisait du tapage; il a entendu Caza dire au vieux Pilon: "Est-ce votre garçon?" Le père Pilon a répondu assez brusquement: "Oui, c'est mon fils." Le jeune Pilon paraissait bien ivre ce soir-là.

    Lorsque Mme Marchand a dit à son père: "Oh! papa, vite c'est un vrai polisson," Caza était parfaitement tranquille. Quand le vieux Pilon a dit "dehors polisson," le prisonnier est sorti tranquillement et s'est approché de ses valises. Le témoin ne sait pas ce qui s'est passé, mais il a entendu Caza dire au vieux Pilon: "Si vous n'étiez pas un compatriote comme moi, il y a longtemps que je vous aurais flambé la tête, des tapes de même, je m'en moque." Le vieux Pilon était auprès des valises qu'il essayait de rouler. Caza lui a dit à plusieurs reprises de les laisser là.

    Le témoin n'a plus revu la lampe que le vieux Pilon avait déposé sur le perron avant d'aller débarquer les valises.

    ANTOINE MONPETIT

    Antoine Montpetit, cultivateur de Saint-Zotique, est assermenté et donne son témoignage. Il a vu le prisonnier pour la première fois le 13 août dernier. Il était chez M. Carrière, ce soir là avec M. Methot et M. Carrière, le propriétaire du magasin. Il attendait l'arrivée du bateau. Il a entendu le jeune Pilon crier: "Papa, papa, venez à moi." Il est sorti et a vu le jeune Pilon par terre et cherchant à se relever. Dans ce moment Caza était dans la voiture. M. Carrière a pris le jeune Pilon et l'a porté sur le trottoir, puis le témoin et M. Méthot ont porté Elie Pilon à la maison de son père. Le père Pilon était sorti de la maison; lui, sa femme et sa fille étaient déjà rendus à la voiture.

    Ces personnes sont rentrées quelque temps après à la maison et Mme Marchand en est sortie avec un bâton, Caza rentrait à ce moment, en voyant Mme Marchand avec un bâton il lui a serré les bras. Celle-ci a dit à son père: "Il me serre les bras, c'est un polisson." Le vieux Pilon a jeté alors le prisonnier dehors.

    Le père Pilon a demandé au témoin d'avoir soin de sa voiture pendant qu'il irait s'habiller. Le témoin est resté sur le perron d'où il voyait parfaitement la voiture. Caza était à ce moment sur le perron de M. Carrière. Le vieux Pilon est sorti ensuite et a jeté les valises en bas de la voiture. Ces valises étaient au nombre de deux. Il a vu Caza se diriger vers la voiture et demander au vieux Pilon "Est-ce mon butin que tu maganes de même? Pilon a répondu oui et a aussi dit d'autres mots que le témoin n'a pas compris. La distance entre Caza et Pilon pouvait être de quatorze pieds. Caza avait un ppistolet à la main; il a dit: si tu n'étais pas Canadien comme moi, il y a longtemps que je t'aurais flambé la tête. Pilon est alors allé reconduire sa voiture sous la remise et il est revenu dans la direction des valises. Caza lui a défendu d'approcher de ses valises. Il a dit: "Si tu approches, je te tire." Le père Pilon s'est approché et le prisonnier l'a tiré. Quand Caza a prononcé ces paroles, il se dirigeait vers ses valises, et Pilon en était à peu près a cinq ou six pieds.

    Quand Caza a tiré, le pistolet était pointé à une hauteur de 3 ou 4 pieds.

    Après avoir tiré, Caza a reviré et s'en est allé dans la direction de chez M. Carrière.

    Le témoin s'est approché du vieux Pilon alors par terre, la femme et la fille de la victime étaient là. La femme a demandé: Où t'a-t-il tiré? Il a répondu: droit au coeur. Après avoir porté la victime à la maison avec d'autres personnes, le témoin est allé chercher le docteur. Quand il est revenu avec le docteur Bourbonnais, Pilon était mort. Il a revu Caza deux ou trois jours après dans le rang Saint-Thomas, paroisse de Saint-Zotique. Caza était à pied et se dirigeait vers la rivière Beaudet. C'était à une distance de six milles du Côteau Landing. Le témoin se trouvait à à peu près à un arpent de Caza. Il l'a reconnu par ses habits.

    A 5 heures la cour s'ajourne.

  7. vendredi 28 septembre 1888, page 4
    COUR D'ASSISES
    CAZA!
    Les détectives et son arrestation
    LES AVEUX DU PRISONNIER
    Il devait se marier la veille de son arrestation
    Pendant sa fuite Caza éprouve mille difficultés
    Le peuple du Côteau, un peuple barbare

    La cour s'ouvre à 10 heures du matin.

    Caza est de nouveau appelé à la barre.

    Antoine Montpetit continue son témoignage.

    J'allais pour attendre le bâteau qui arrive vers 11 ou 11 ½ heures. le quai est à 3 ou 4 arpents de la maison de Pilon. Quand on arrive de la station il faut tourner à droite pour prendre le chemin du quai. Il faut faire une équerre d'une couple de perches. La tête du cheval était tourné du côté de la maison de Pilon. Ce dernier, sa femme et sa fille sont sortis de la maison avant lui. Il y avait aussi Richard Methot et Carrière. Je n'ai pas vu Lalonde. Je n'ai emporté le corps de Pilon que dans la maison. Je ne l'ai pas monté em haut. Je n'ai pas vu de chaise près de la voiture. Je suis resté dans le passage jusqu'à ce que le prisonnier fut entré dans la maison. Caza est entré dans le passage mais non dans la barre. Quand il est entré Elie Pilon n'était pas encore monté. Je ne sais pas s'il a parlé en entrant ou si on lui a parlé.

    J'ai vu Mde Marchand qui descendait l'escalier avec un bâton qu'elle tenait derrière elle. Caza était à deux ou trois pieds de l'escalier. Mde Marchand était descendue quand le prisonnier l'a saisie par les bras. Elle était assez proche de lui pour qu'elle put le frapper si elle l'avait voulu. Quand Mde Marchand est descendue Elie Pilon était encore en bas. Il a essayer à faire lâcher prise à Richard Methot et à Carrière qui le tenaient. Il jurait pour se faire lâcher.

    Le prisonnier a empoigné Mde Marchand par les poignets. alors cette dernière a dit à son père: "c'est un polisson, il me serre le bras." Je ne sais si il lui faisait mal. Quand le prisonnier est entré il a demandé au père Pilon "est-ce votre garçon?" Le défunt a répondu "oui". Le jeune Pilon s'était plaint à son père que le prisonnier l'avait maltraité. Caza est sorti ensuite quand on lui a dit de s'en aller, n'a pas fait de tapage ni de résistance. Il n'y avait que Méthot, Carrière et le témoin qui étaient présents dans ce temps-là. Le temps était très sombre ce soir-là. Je n'ai pas vu de fanal à la main du père Pilon.

    J'étais environ à vingt-cinq pieds de la victime. Caza a dit à Pilon "n'approche pas" le défunt malgré cette défense, a avancé d'un pas. Je ne sais pas si Caza a alors reculé ou avancé. Methot était devant moi et Lalonde à côté de moi, mais placés de manière à m'empêcher de voir. Méthot était plus proche de Pilon que Lalonde et moi. J'ai vu le pistolet que Caza avait dans ses mains avant que Pilon partit pour l'écurie. C'est avant de partir pour aller mettre sa voiture sous la remise que Caza a dit "si tu n'étais pas canadien-français comme moi, je te flamberais la cervelle." Comme je sortais Pilon a dit Caza " si tu veux avoir tes effets, il faudras que tu me donnes $2." C'est quand le prisonnier était dans le chemin, que le défunt à demandé cela.

    LOUIS FILIATRAULT

    est ensuite assermenté. Il est huissier, demeurant au Côteau. J'ai déjà vu l'hiver dernier le prisonnier et une autre fois le 17 août dernier, au soir.C'est moi qui l'ai arrêté vers les onze heures du soir. J'étais à sa recherche depuis le mardi, 14 août. J'étais accompagné de Charles Châles, un autre huissier. J'étais chez un nommé Delorme, dans le comté de Glengarry, 10 milles du Côteau, où je pensais qu'il devait aller pour traverser ensuite à St-Anicet. Je l'avais rencontré à environ 2 milles de cehez Delorme, vers les 9 ½ heures, à pied, dans le chemin public. En le voyant, je me suis dit "C'est lui." D'abord, je ne l'ai pas reconnu car on m'avait dit qu'il portait un habit gris et que la boue qui couvrait son habit me le faisait paraître noir. Son chapeau en soie était enfoncé sur le visage.

    Deux heures plus tard je faisais l'arrestation du prisonnier chez Delorme où j'avais précédé le prisonnier. Je savais qu'il était intime avec la famille Delorme. Le soir quand je l'ai rencontré j'ai demandé en anglais au prisonnier "Où allez-vous?" Il m'a dit qu'il s'en allait chez Delorme et lui ayant demandé son nom il m'a répondu: "Je suis un Delorme." Châles me dit alors que ce n'était pas vrai, car Delorme n'avait pas d'enfant aussi grand. Le prisonnier se dirigeait chez Delorme quand nous l'avons rencontré et nous, nous allions en sens contraire; après cela nous avons continué notre route environ un quart de mille et nous sommes alors revenus sur nos pas. Le prisonnier était à pied et nous étions en voiture. Quand nous sommes revenus, nous n'avons pas vu le prisonnier, mais nous avons entendu du bruit à la porte d'une maison où demeure M. Joe Zegone et nous avons pensé que c'était le prisonnier qui entrait là. Nous sommes entrés chez Delorme et nous avons entendu environ deux heures avant que le prisonnier vint. Nous avons fait mettre la lumière dans l'appartement à côté de nous, afin qu'on pût voir et ne pas être vu. C'était le troisième voyage que nous faisions là. J'avais dit à Mme Delorme de ne rien dire.

    Le prisonnier a alors ouvert la porte et a demandé à Mme Delorme si quelqu'un était venu le demander, ce soir-là, elle lui a répondu que non et ajouta "attends un peu que j'apporte une lampe." J'étais à environ huit pieds de lui. Je me suis alors précipité sur le prisonnier et l'ai saisi. Je l'ai fouillé et lui ai ôté un pistolet; c'était tout ce qu'il avait sur lui.

    On interrompt la déposition de Filiatrault pour assermenter le sergent Trempe.

    J'ai reçu de M. Louis Filiatrault un revolver que j'ai remis au grand connétable Bissonnette le 21 août dernier.

    On assermente ensuite le grand connétable Bissonnette qui témoigne qu'il a reçu le revolver en question de Trempe. Il a une chambre remplie et quatre vides ainsi qu'une boîte de cartouches. Le pistolet était rouillé quand je l'ai eu et il l'est encore.

    On continue alors l'interrogatoire de Filiatrault.

    Les habits du prisonnier étaient mouillés et plaeins de boue. On l'a laissé manger chez M. Delorme; il mangeait un peu et se promenait, vu que les crampes le prenaient. Vers 5 ¼ heures du matin nous sommes partis avec le prisonnier de chez M. Delorme. Il paraissait fatigué, mal à son aise. Nous nous sommes rendus ensuite à la rivière Beaudette. Pendant que Caza mangeait il a demandé comment allait l'homme qu'il avait tiré et lui ayant répondu qu'il allait être enterré ce matin là, il a dit: "Quoi je suis un meurtrier." Il m'a dit qu'il pensait l'avoir tiré dans les jambes. Je ne lui ai pas mis les fers en l'arrêtant. Il paraissait excité. Il racontait aussi les misères qu'il avait eues depuis le soir du meurtre.

    Il a dit qu'il avait mangé des pommes de terres, des pommes, des cosses de poix, et même de l'avoine verte. Un moment même il s'était écarté et n'avait pu reconnaître son chemin qu'en jetant dans la rivière un bâton pour voir de quel côté était le courant. A la rivière Beaudette je l'ai amené au 3eme étage chez M. Bessette et le premier que j'ai vu à été le détective trempe; puis Gladu et M. Desrosiers, car Châles les avait avertis. Gladu m'ayant demandé si je l'avais fouillé, je lui répondis que je ne lui avais ôté que son revolver et il m'a alors demandé la permission de le fouiller en ma présence et il a trouvé $106 en argent et plusieurs bijoux.

    Transquestionné. - C'est dans Lancaster que j'ai arrêté le prisonnier. On peut faire la distance du Côteau au lieu où se trouvait le prisonnier en cinq heures. C'est vis-à-vis Sy Anicet là ou demeure la famille du prisonnier. Le prisonnier m'a dit qu'il était pour se marier bientôt et il m'a montré son anneau de mariage, avec sa cousine une demoiselle Caza. Il devait se marier le 16 août dernier, la veille de son arrestation. Alors il m'a dit: "C'est un mauvais voyage de noce que je vais faire, au lieu d'un voyage de plaisir, je m'envais en prison." J'avais fait cacher la voiture à la grange. Caza ne voyait pas Châles quand je l'ai arrêté. Il n'a fait aucun mouvement, aucune résistance. Il m'a dit qu'il ne s'était pas livré au Côteau c'est parcequ'il se croyait dans un village trop barbare et qu'il vait peur de se faire lyncher, à cause de la manière dont on l'avait traité et que s'il avait connu un magistrat, il serait allé se livrer.

    Il a ajouté qu'il voulait traverser à St-Anicet pour expliquer à sa mère dans quelle position nil se trouvait et ensuite se livrer aux autorités. Quand je l'ai arrêté il paraissait faible. Il a pris du lait et alors je lui ai fait remarquer à plusieurs reprises qu'il ferait mieux de manger autrement. Il a demandé de la boisson et je lui en ai donné dans un flacon que j'avais acheté, dans le cas où nous aurions été obligés de passer la nuit en dehors.

    CHARLES CHALES

    est ensuite appelé et dépose. Il est huissier au Coteau Landing. Je ne connaissais pas le prisonnier avant son arrestation avant le 17 août dernier. J'étais avec M. Filiatrault quand j'ai fait l'arrestation.

    Il corrobore le témoignage du témoin Filiatrault, à propos de l'arrestation du prisonnier.

    Séance de l'après-midi

    On appelle le Dr. Bourbonnais, médecin au Côteau du Lac.

    Il dépose qu'il a été appelé pour donner ses soins à Pilon. Quand il est arrivé, Pilon était mort. Il a fait un examen post mortem du corps et il a constaté que la balle avait pénétré dans le poumon gauche et que la mort a dû être instantanée. C'est une balle qui était pénétrée là et la mort a été causée par le coup qu'il a reçu. Il reconnaît l'exactitude du plan qu'il a fourni à la Couronne.

    Le Dr. Gaspard Dauth étant assermenté dépose. Il est médecin au Côteau. Il connaissait le défunt Joseph Pilon depuis une trentaine d'années. Il a vu le prisonnier, le lendemain de son arrestation.

    Le 15 août j'ai été appelé pour faire l'autopsie du défunt Joseph Pilon conjointement avec le Dr Bourbonnais. Je me suis rendu à la demeure du défunt avec le coroner, les jurés et le Dr Bourbonnais. Après avoir fait le dépouillement du défunt et après avoir examiné le corps, nous n'avons constaté aucun indice de violences externes, si ce n'est une blessure par une arme à feu, située au côté gauche, un peu en haut du sein gauche, au troisième espace intercôtal.

    L'examen interne attentif des grandes cavités et de leurs principaux organes, le cerveau, le foie, le coeur, les poumons, n'a révélé aucune condition anormale, si ce n'est une lésion continue à la blessure déjà emntionnée et produite par une balle, laquelle pénétrant le poumon gauche dans son lobe supérieur et à une couple de pouces du médiastin antérieur, s'est tracé en ligne oblique interne, un sillon vers le médiastin postérieur ete la colonne vertébrale, brisant dans le trajet le tube bronchique, l'artère et la veine pulmonaires à leur première bifircation dans le viscère, brisant en outre la tête de la troisième côte et venant s'amortir sur le corps de la vertèbre dorsale correspondante dans le dos, sous la peau, d'où elle a été extraite, la balle étant celle d'un calibre No 38.

    La rupture par la balle des dits artère et veine pulmonaire a déterminé un épanchement de sang foudroyant et a été la cause immédiate de la mort. Nous avons extrait la balle qui est produite en cette cause. Je la reconnais parce qu'il y a un morceau aplati. Il n'y a aucun doute que ce sont ces blessures qui ont causé la mort de Pilon. Ce dernier était un homme fortement constitué et avait toujours joui d'une bonne santé.

    Le détective Trempe est alors assermenté.

    Je suis parti de Montréal avec le détective Gladu pour le Côteau et nous sommes descendus à l'hôtel Beaudette. Nous sommes partis à la recherche du prisonnier dans les bois quand un train de fret passant, on vit agiter, par un homme à bord du train, un papier qui contenait ces mots: "Caza pris, revenez à la rivière Beaudette."

    Au moment de mettre sous presse le témoin continue a donner son témoignage.

  8. samedi 29 septembre 1888, page 5
    COUR D'ASSISES
    Suite de la séance d'hier après-midi

    Témoignage de Trempe:

    Rendus à l'hôtel où était le prisonnier, Gladu a monté avant moi; quand je suis arrivé à la chambre il était en train de fouiller le prisonnier.

    La somme de $100 et quesques centins a été trouvée sur Caza, ainsi qu'une bague en or et un petit livret. Le prisonnier a fait la remarque qu'il vait perdu un portefeuille contenant $1,100.

    Le témoin a ensuite télégraphié au chef de police de Montréal. De la rivière Beaudet ou du Côteau Landing à Montréal, en char, il a eu une courte conversation avec le prisonnier. Il lui a demandé comment il se faisait qu'on n'avait pas eu de ses nouvelles. Il a répondu qu'il s'était égaré dans le bois mais qu'il voulait se livrer à la justice. Il se serait livré plus tôt, mais il craignait que certaines personnes, sur l'excitation du moment, ne lui fassent un mauvais parti. En route, Caza a parlé à M. Bourbonnais, le député de Soulanges, Il a fait un geste pour expliquer qu'il voulait tirer par terre. La boîte de cartouches produite en cour, a été trouvée dans uen des valises de Caza.

    Transquestionné par la défense, le témoin dit qu'il y avait des valeurs considérables dans la valise qu'il a ouverte. Dans cette valise, il y avait des morceaux d'or pur, des documents et de riches habits. Caza dit au témoin qu'il avait perdu $1,00. "Je n'ai pas beaucoup l'air d'un marié," a-t-il ajouté. Caza devait se marier bientôt. Le prisonnier a été très tranquille et il n'a pas été nécessaire de lui mettre les menottes. Il a dit à plusieurs reprises que son intention avait été de se livrer à la justice.

    LÉON LAURENT

    M. Léon Laurent, armurier, de Montréal, est assermenté. Il examine le revolver et dit que la balle extraite du corps de la victime correpond au calibre de ce revolver.

    Le détective Gladu est appelé, mais ne répond pas à l'appel.

    JULIEN CARRIERE

    M. Julien Carrière, marchand, du Côteau Landing, était chez lui, le 14 août dernier. Il connaissait le défunt Joseph Pilon. Il avait déjà vu le prisonnier à bord du bateau.

    Le 14 août au soir, il était dans son magasin quand il a vu arriver le prisonnier en voiture avec le jeune Pilon, Caza a appelé et le témoin est sorti du magasin; Caza lui a demandé s'il y avait loin pour aller au quai. Sur sa réponse négative, le prisonnier a tourné la voiture, mais le jeune Pilon a saisi les rênes. Caza l'a poussé en bas de la voiture. Le jeune Pilon est tombé dans les roues et il s'est écrié: Papa! Papa! Le vieux Pilon est arrivé et a saisi les rênes. Caza, toujours dans la voiture, a sorti son revolver. Mme Marchand et Mme Pilon sont arrivées en ce moment. Elles ont dit au témoin d'aller chercher le jeune Pilon. Il est allé le chercher et l'a conduit sur le trottoir, puis à la maison de son père.

    Le témoin est allé fermer son magasin et a vu le vieux Pilon et Caza dans la rue. Caza était encore dans la voiture. Le témoin s'est rendu au quai et il est revenu vingt minutes après. Quand il fut revenu il n'a pas vu Caza. Il est entré dans la maison et Mme Pilon a dit qu'on avait tué son mari. Elle criait

    JOSEPH! JOSEPH!

    Le vieux Pilon était étendu sur un sofa. Le médecin est arrivé ensuite et a constaté que la victime était morte. Le vieux Pilon était âgé d'une cinquantaine d'année et il était manchot.

    Transquestionné par la défense, le témoin dit que la difficulté est survenue par le fait que Caza voulait aller au quai et que Pilon ne voulait pas l'y conduire. Ce quai n'est pas en très bon état mais on peut s'y rendre. Avec un fanal on pouvait s'y guider dûrement. Des voitures y vont presque tous les soirs.

    Le jeune Pilon n'était pas un agent du Bohemian. Le témoin n'a pas remarqué qu'il y avait querelle entre le vieux Pilon et Caza alors qu'ils étaient seuls dans la rue.

    JOSEPH GLADU

    Joseph Gladu, détective, de Montréal, est assermenté. Le 16 août au soir, il est parti de Montréal avec le constable Desrosiers, pour aller à la recherche de Caza. A St-Anicet, il a rencontré le détective Trempe et le constable Demers.

    Le témoin rapporte les détails de l'arrestation que nous avons déjà publiés. A la rivière Beaudette et dans les chars il a eu une conversation avec le prisonnier. Celui-ci a dit qu'il était bien malheureux que M. Pilon eut été tué. Il l'avait tiré parce qu'il avait reçu des coups et qu'il ne voulait pas en recevoir davantage. Caza a dit aussi qu'une femme l'avait frappé avec un morceau de bois. Il a saisi les bras de cette femme mais M. Pilon est venu et lui a donné

    DES TAPES

    Caza lui a dit qu'il se moquait de ses tapes puis est sorti dehors. M. Pilon est sorti derrière lui.

    Caza dit qu'il était sorti pour aller voir à ses valises et comme le vieux Pilon se dirigeait vers le même endroit, il lui a défendu d'approcher, sinon il le tirerait. Le vieux Pilon continuant à approcher, le prisonnier a tiré pour lui faire peur. Caza a ajouté: "Comme il faisait très noir, il faut malheureusement que ma balle l'ait attrapé."

    La cour s'ajourne à 10 heures ce matin.

  9. samedi 29 septembre 1888, page 6
    COUR D'ASSISES
    CAZA!
    Nouveaux aveux du prisonnier
    Madame Marchand verse des larmes en donnant son témoignage

    La cour s'est ouverte, ce matin à 10 ­½ heures...

    On appelle alors la cause de Caza. Joseph Gladu, détective de Montréal, continue sa déposition.

    Le récit des choses que j'ai fait, hier, m'a été dit à des intervalles diverses. Le prisonnier a dit qu'il avait tiré afin de faire peur au défunt et de l'empêcher de lui donner des coups. Il m'a dit aussi qu'il pensait que Pilon avait une hache à la main, quand il a tiré et qu'il avait peur d'être frappé. Il a dit qu'il avait été frappé par une femme, après être entré dans la maison et qu'il avait été aussi frappé par le père Pilon avec son moignon de fer, dans le derrière du cou, après lui avoir donné plusieurs tapes. Il lui a dit qu'il avait averti Pilon de ne pas avancer sur lui, que s'il tirait, il tirerait lui aussi. C'est après que le prisonnier a dit au défunt "des tapes comme ça je ne m'en occupe pas" qu'il a reçu le coup de moignon. Il a dit qu'il avait connu Elie Pilon à la station du Côteau comme il était obligé de prendre une voiture pour se rendre au Côteau Landing, une distance d'environ trois milles.

    Le jeune Pilon était venu au devant de lui et avait offert ses services pour conduire le prisonnier au quai du "Bohemian" où il devait prendre le bateau pour St Anicet où il allait se marier. Il a ajouté que le jeune Pilon ayant eu une difficulté avec un étranger au départ et qu'alors le jeune homme avait dit à Caza; "si j'avais un pistolet, je le tirerais cet individu là, alors le prisonnier soirtant un pistolet de sa poche, tira deux coups dans l'air en disant: "moi j'en ai un pistolet."

    J'ai vu le contenu des valises du prisonnier, il y avait de la valeur. Le prisonnier lui a dit que ses valises valaient $750 et qu'il avait sur lui, en outre, un porte-feuille en cuir de Russie contenant $1060 à $1150 et que durant le trajet de la station au village il l'a perdu. Que c'était pour se marier qu'il avait une somme aussi considérable sur lui, qu'il allait faire un voyage de noces à San Francisco. Que la difficulté survenue entre lui et le jeune Pilon avait été causée de ce que ce dernier ne voulait plus conduire le prisonnier au quai, tel que convenu. Pendant que nous étions dans les chars en revenant de la rivière Beaudette, le prisonnier m'a dit "que jamais il ne s'était trouvé dans un trou semblable." Tout ce que le témoin a voulu savoir du prisonnier, ce dernier le lui a dit sans difficulté aucune.

    MADAME MARCHAND

    Malvina Pilon, épouse de Horace Marchand, du Côteau Landing, est assermentée.

    Je suis la fille du défunt et je demeurais avec lui. Je connais le prisonnier. Je l'ai vu le soir du 14 août dernier, à la porte privée de notre demeure, vers 10 ½ heures. La première chose que j'ai entendue, c'est mon frère Elie qui criait "au secours" alors papa qui était au lit est descendu le trouver et je le suivais. Arrivé à la voiture, mon frère à dit à mon père "cet homme veut que j'aille mener ses valises au quai, mais je ne suis pas pour y aller, car le quai est trop mauvais et le temps est trop noir." J'étais à peu de distance de là. Alors mon père a répondu: "Venez avec moi, je vais faire porter vos valises en brouette, vous avez beaucoup de temps encore pour le Bohemian." Mon frère était alors entre les deux roues de la voiture, il venait de se relever. Papa a alors amené le cheval par la bride devant la porte de la maison vis-à-vis le bar.

    A ce moment là le prisonnier était encore dans la voiture. Mon frère était en boisson. Il est âgé de 25 ou 26 ans. Je suis entré dans la maison et mon père est entré après moi et Caza ensuite est arrivé derrière mon père. Le défunt a dit à quelqu'un de faire monter Elie Pilon et de le faire coucher. M. Giroux avec une petite fille de 6 ans du témoin l'ont fait monter. Alors le prisonnier a touché à mon frère et je lui ai dit de ne pas le toucher, que le propriétaire de la maison, mon père allait le faire monter en haut.

    Le prisonnier lui a alors mis la main sur le bras. J'avais alors à la main un petit bâton, gros comme un manche à balais et long d'une demie verge. Je cachais ce bâton le long de ma robe. J'avais été cherché ce bâton dans ma chambre, quand j'ai entendu mon frère crier au secours. Quand il m'a pris par le bras, il m'a dit: "Doucement, doucement." J'ai dit à mon père: "Regardez donc ce pollisson, il se permet de mettre la main sur mon bras." Mon père a répondu: "Laisse faire," et il est monté en haut, pour mettre ses pantalons et ses souliers. Quand mon père fut monté, le prisonnier est sorti de la maison.

    Mon père est redescendu aussitôt et m'a demandé si Elie était couché et je lui ai dit: "Oui il est couché," et alors il a ajouté: "Puisqu'il est couché, je vais dételer mon cheval à présent." Il est alors sorti par la porte du milieu, avec son fanal dans le braas gauche pour aller dételer son cheval.

    Je suis alors sorti sur la galerie, M. Méthot qui était près de moi, m'a averti de ne pas avancer, parce que le prisonnier avait un pistolet. Il y en avait d'autres près de moi, mais je ne me rappelle pas leurs noms. Quand Méthot a prononcé ces paroles là, j'ai vu le feu du coup de pistolet et ai entendu la détonation. Je voyais plutôt les jambes du prisonnier que papa. Le prisonnier pouvait être à une vingtaine de pieds du fanal. Je n'ai rien entendu se dire entre le prisonnier et mon père. En entendant le coup, j'ai vu mon père tomber sur le dos et je suis accourue avec ma mère et je l'ai trouvé gisant par terre.

    La cour s'ajourne jusqu'à lundi prochain.

    Le procès de Caza ne se terminera pas avant mardi ou mercredi de la semaine prochaine.

  10. lundi 1er octobre 1888, page 3
    COUR D'ASSISES
    La défense commence

    Séance de samedi après-midi

    Stanislas Lefebvre, hôtelier de Coteau Station, est le premier témoin de la défense:

    Je connais le jeune Elie Pilon et j'ai connu le père. Le 14 août dernier dans la route, j'ai vu Elie Pilon avec le prisonnier, chez nous. Mon hôtel est près de la gare.

    Caza est entré chez moi vers dix heures du soir. Je ne sais pas s'ils sont arrivés en voiture chez moi. Ils étaient quatre: Elie Pilon, Wiley Lang, un employé de la gare et Caza. M. Caza a demandé la traite. Caza a pris un cigare, Robinson, un verre de cidre, Lang, de la bière, et Pilon, un verre de whiskey.

    Pilon paraissait en boisson. Ils sont partis immédiatement. J'ai confié le cheval à Caza en partant, car je considérais que l'autre était en boisson. Je ne puis vous dire s'il devait le conduire au quai du "Bohemian."

    Pilon s'étrivait à la gare avec Robinson. Je ne dirai pas que Pilon était de mauvaise humeur, mais ils s'étrivaient comme d'habitude entre eux.

    En partant, Caza avait les guides.

    Il s'est conduit en monsieur chez moi.

    A la couronne - Après le départ de ma maison deux coups de revolver ont été tirés de la voiture de Pilon.

    A la défense - Elie Pilon a dit en ma présence avant son départ que s'il avait son revolver sur lui, il le shuterait, car Robinson l'étrivait.

    A la Couronne: Caza a dit: J'ai un révolver ici, moi.

    A la défense - J'ai pris cela en riant.

    M. Saint-Pierre - C'est assez commun des coups de révolver. On en a entendu hier soir, c'était même des coups de canons, en signe de réjouissances.

  11. lundi 1er octobre 1888, page 4
    COUR D'ASSISES
    CAZA!
    Nouveaux détails
    Le mystérieux portefeuille

    M. Louis Boucher est ensuite assermenté et dépose:

    Je sais que Caza avait sur lui une grosse somme d'argent au moins une douzaine de cents piastres. Je n'ai rien vu ni entendu de l'affaire.

    Louis Joachim Giroux est assermenté:

    J'étais à la maison de Pilon quand l'affaire est arrivée. J'ai vu là Antoine Montpetit et Richard Méthot. J'ai dit au défunt de lâcher son fils, que j'en aurais soin. Le père est alors monté mettre ses pantalons. Il est revenu de suite et a dit: "Il n'y a pas de voiture qui sortire ce soir." Alors il a pris son fanal dans la cuisine et il est sorti. Pendant tout ce temps-là, j'essayais à monter Elie Pilon dans sa chambre et je n'ai réussi qu'avec l'assistance de la petite fille de Mme Marchand. Pendant que j'étais après coucher Elie Pilon, j'ai entendu le coup de pistolet en dehors de la maison. Le coup est parti dans la direction du chemin qui mène à la gare. Je n'ai pas déshabillé le jeune Pilon avant de le coucher. J'ai entendu le coup de feu environ 4 ou 5 minutes après que le père Pilon fut sorti. Il m'a paru de mauvaise humeur.

    Après avoir entendu le coup de feu, je me suis empressé de descendre afin de voir ce qui s'était passé. En arrivant en bas, je les ai vu qui entraient Pilon qui était mourant ou mort, je ne sais trop et ils l'ont couché sur un fauteuil dans une chambre à droite du passage. Je n'ai pas remarquer de lumière dans les maisons du voisinage. Quand j'ai entendu les cris d'Elie Pilon il y avait un M. Collard, de Montréal, près de moi. Je crois qu'il est greffier de la cour, ici. Il pouvait y avoir d'autres personnes présentes mais je n'en ai pas vues. Madame Pilon m'a demandé d'ôter la chemise du défunt afin de voir où il était blessé; ce que j'ai fait avec un nommé Joseph Lalonde. Quand j'ai vu Mme Marchand, j'ai remarqué qu'elle avait un petit bâton à la main.

    Transquestionné. - J'étais couché dans mon lit, chez un nommé Honoré Lalonde, quand mon attention a été attirée par des cris. Le père du témoin, Joseph Lalonde, qui était couché dans une chambre près de moi.

    De mon chassis à la porte chez M. Pilon, il 80 ou 95 pieds de distance. J'étais désabillé mais je ne dormais pas. J'ai mis des pantalons, un surtout et des pantoufles et je suis accouru. On m'a demandé en descendant de chez moi: "Qu'est-ce qu'il y a?" J'ai répondu: "On se chicane chez Pilon." Quand je suis arrivé chez Pilon, la porte venait de se fermer et Elie Pilon était rentré. Elie Pilon était ivre et il voulait se battre avec Caza.

    Gatien Lalonde, boulanger, du Côteau Landing, donne ensuite son témoignage.

    J'ai connu le défunt. Je l'ai vu le soir du meurtre ainsi que le prisonnier à la barre. Vers 10 heures j'étais à ma boutique quand j'ai entendu des cris; je suis avancé et j'ai vu le jeune Pilon qui était par terre et poussait ces cris. Les témoins qui ont été entendus le retiraient de dessous la voiture et le transportait dans la maison de son père. C'étaient Méthot, Montpetit, Lalonde et Giroux.

    En arrivant à la rue entre le deux maisons j'ai vu le Père Pilon; Mme Pilon et Mme Marchand se dirigeaient vers la voiture, Caza était alors dans la voiture. Je n'ai entendu aucune parole échangée entre le prisonnier et le défunt. Le prisonnier est entré dans la maison après que toutes les personnes, dont je viens de mentionner les noms, fussent entrées. Quand je suis entré ils étaient à déshabiller le jeune Pilon pour le coucher. Le prisonnier est alors entré par la porte du bar, il est venu rencontrer les gens qui étaient à déshabiller le jeune homme dans le passage. Il y avait des difficultés pour déshabiller le garçon et le père Pilon menaçait de donner des tapes à son fils pour le faire obéir. La mère Pilon et sa fille Mme Marchand dirent au défunt "ne frappe pas dessus." Le prisonnier dit alors "laissez-le faire, c'est son père, qu'il se fasse écouter." Mme Marchand s'est alors tournée vers le prisonnier et lui a dit de sortir, qu'il n'avait pas d'affaire là. C'est alors que Caza a pris Mme Marchand par le bras. Elle a accompagné d'injures cet ordre de sortir de la maison. Caza est sorti quand le père père Pilon est arrivé, ce dernier l'a poussé dehors en disant: "Va-t-en, tu n'as pas d'affaires ici." Madame Marchand aidait son père. Après l'avoir jeté dehors, le prisonnier a dit qu'il ne voulait pas faire de train, mais qu'ayant payé le fils Elie Pilon pour le conduire au bateau, il voulait s'y faire conduire et qu'il n'était pas un vaurien, qu'il était un nommé Caza, demeurant à St Anicet. Il n'y avait que le prisonnier qui était dehors, les autres étaient à l'intérieur de la maison, on a fermé la porte pour toute réponse. Je me trouvais 8 à 10 pieds du prisonnier. Après cela, le prisonnier est descendu de la galerie et s'est dirigé vers le magasin de M. Carrière. Il a essayé d'ouvrir la porte, mais elle était fermée, car M. Carrière était allé sur le quai pour voir si le bateau arrivait. Il est alors retourné sur le bout de galerie de M. Carrière en face de chez Pilon. Ce dernier était alors sorti pour dételer son cheval.

    Je marchais alors devant la maison. J'ai entendu tomber les valises, je ne sais si c'est avant ou après avoir dételé le cheval. Le prisonnier est allé au père Pilon et lui a demandé si c'était son butin qu'il maltraitait ainsi. Le défunt a répondu: "Oui." Le prisonnier reprit alors: "Celui qui maltraite mon butin, me maltraite moi-même." Je m'en suis allé et comme j'allais pour entrer chez moi j'ai entendu la détonation d'une arme à feu. En sortant de sa maison, j'ai vu le père Pilon, une chaise rouge à la main et je l'ai vu revenir avec cette chaise quand ils ont ramené le jeune Pilon.

    M. L. H. Collard, député protonotaire de la Cour Supérieure, donne son témoignage.

    J'étais à Côteau Landing, le soir du meurtre. Il a demeuré avec Gatien Lalonde, qui est son beau-père. Nous avions entendu des cris et je me suis approché de la maison de Pilon; on m'a dit que c'était le jeune Pilon qui était en boisson. J'ai entendu Madame Marchand dire: "Tu es un loafer va-t-en" ce à quoi Caza a répondu "Je veux avoir mes effets." Et alors le père Pilon lui a dit de nouveau de s'en aller. Le prisonnier parlait très doucement, sans aigreur, c'était juste pour l'entendre. Madame Pilon criait "au secours" et appelait mon beau-frère Gatien Lalonde. Je n'ai pas répondu et je suis parti immédiatement après. Le lendemain du meurtre on m'a dit que Pilon avait été tué par un commis-voyageur.

    Le détective Joseph Kellert, est ensuite assermenté.

    J'ai entendu parler du défunt et je l'ai aussi vu, dans une autre circonstance.

    Quel était la réputation de Pilon quant à son caractère querelleur ou paisible?

    M. Préfontaine fait objection à cette question et une longue discussion s'ensuivit entre MM. Geoffrion et Préfontaine.

    La cour est ajournée à 2 heures.

    Séance de l'après-midi

    ...Son Honneur rend alors son jugement sur l'objection soulevée par M. Préfontaine, quant à la question posée par M. Geoffrion au sujet du caractère de Pilon, père.

    En conséquence il rejette la question posée et maintient l'objection.

    On continue alors l'interrogatoire de M. Kellert.

    M. Geoffrion pose alors plusieurs questions qui sont toutes déclarées illégales.

    On assermente George E. Perry, commerçant du Côteau Landing. Je demeure depusi 45 ans dans cette localité. J'ai connu le défunt. Le 14 août dernier je suis allé à la résidence de Pilon. Quand je suis entré dans son hôtelM. Pilon était mort depuis 15 ou 20 minutes. Il était couché de côté sur un sofa et j'ai pris le corps et l'ai mis d'à plomb. Il y avait deux ou trois personnes présentes à ce moment. En le relevant[?], j'ai remarqué qu'il y avait quelque chose dans sa poche de derrière, ça avait l'air d'une portefeuille. Je n'ai fait que le [?] bien vu.

    M. le curé [?] a eu une longue entrevue [?] la séance de l'avant[?].

  12. lundi 1er octobre 1888, page 4
    POTENCE OU LIBERTÉ
    Les jurés fondent en larmes
    NON-COUPABLE

    Suite de la séance d'hier après-midi

    M. Narcisse Marcil donne son témoignage.

    Il connaît le prisonnier depuis 1869, lors de son voyage au Nevada. Son caractère a été toujours des meilleurs et sa réputation irréprochable.

    Plusieurs témoins sont appelés pourtémoigner de la réputation d'honnêteté et du caractère paisible et serviable de Caza. Voici les noms de ces témoins: Roger Hébert, Joseph Boyer, Henri Boyer, Alex. Maheu, Philéas Désormiers, Ernest Tremblay, avocat, le Dr. Flavien Dupont, M. l'abbé Beaubien, curé de Saint-Anicet, Victor Girouard, marchand de Montréal.

    Le coroner Jones, appelé comme témoin, déclare que lors de l'enquête, il n'a pas trouvé de portefeuille sur la personne de Pilon. Le corps de ce dernier a été sous les soins de la famille jusqu'à l'arrivée du coroner.

    M. Saint-Pierre déclare que la preuve de la défense est terminée.

    La cour s'ajourne à ce matin, à dix heures.

    Mardi, 2.

    La cour s'est ouverte à dix heures ce matin.

    Un grand nombre de personnes s'étaient précipitées dans les couloirs de la Cour Criminelle, dès neuf heures du matin. On luttait contre un cordon de policiers qui gardaient vaillamment l'entrée de la cour contre la curiosité d'un public attiré par le retentissement de l'affaire Caza. Tout le monde se disait soit avocats, soit journalistes pour trouver le chemin du coeur du rude Cerbère.

    Enfin le silence se rétablit peu à peu; la clochette s'agite et l'huissier audiencier crie pour la dernièrre fois du terme l'éternel "oyez, oyez."

    Le jury fatigué par la longueur de ce procès fait son entrée, les yeux bleuis par les veilles multiples.

    On appelle Caza à la barre.

    Vêtu d'un long frac noir, son visage détendu par les souffrances engendrées par une aussi longue attente, Caza parait à la barre du tribunal.

    M. A. E. Poirier, l'éloquent criminaliste que tout le monde connait, s'avance au milieu d'un religieux silence et d'une voix que l'émotion fait trembler quelque peu, il adresse la parole au jury.

    Il commence par exprimer son étonnement que la couronne n'ait pas jugé à propos d'assigner comme témoin, Elie Pilon, la cause de du terrible drame qui s'est déroulé le 14 août dernier et qui a plongé dans le deuil trois familles et de ce qu'on ait pas conduit devant les jurés la femme du défunt qui a été aussi le principal témoin de l'affaire. C'était sans doute parce que la Couronne craignait les révélations qu'ils auraient été obligés de faire. Il commence alors le récit de ce qui était arrivé. Le jeune Pilon s'offrant, à la gare du Côteau, de conduire Caza jusqu'au quai du Bohemian, en se prétendant l'agent de la Cie Richelieu et se substituant à Poirier, l'hôtelier, qui s'était présenté avant lui. Il décrit l'état d'ivresse dans lequel se trouvait le jeune Pilon et qui était si grand que Lefebvre se voyait obligé de confier les guides au prisonnier à la barre. Il justifie les coups de revolver dans l'air du prisonnier, en disant qu'étant dans la joie, il avait suivi l'habitude que dans des moments de réjouissances on suit toujours, c'est-à-dire rtirer le revolver, le canon, etc.

    Il parle en long de la provocation du père Pilon, qui jette ses valises par terre, le fait sortir brusquement de la maison en lui disant toutes sortes d'injures. Puis la fille de la victime, Madame Marchand tenant un bâton à la main pour frapper le prisonnier; le défunt lui-même sortant une chaise dont il n'avait nul besoin, masi dans le but exprès de s'en servir contre Caza. Il examine ensuite le témoignage de Mme Marchand et ridiculise les explications qu'elle a données en cour. Si le père Pilon avait été sincère en disant qu'il allait faire transporter les malles du prisonnier en brouette, pourquoi n'a-t-il fait aucune démarche pour s'en procurer une?

    Et d'ailleurs quel prétexte donnait-il pour ne pas les conduire en voiture? Que le quai n'était pas en très bon ordre; mais il y avait un phare au bout du quai qui indiquait les défectuosités; il pouvait se servir d'un fanal pour diriger ses pas. L'orateur démontre alors les contradictions des témoins quant à la mise en scène du drame sanglant. Il ne peut y avoir d'autres explication que les aveux mêmes du prisonnier qui concordent avec les faits racontés par les divers témoins. Il a été frappé à diverses reprises par le défunt et voulant défendre sa propriété, l'immense somme d'argent dont il était porteur il a voulu tirer dans les jambes de Pilon pour défendre aussi sa vie en danger.

    Il mentionne la mauvaise réputation qu'avait cet hôtel et stigmatise la conduite des témoins qui ne viennent pas au secours du prisonnier pour le tirer de ce mauvais pas et lui donner les renseignements nécessaires pour le guider, lui étranger.

    On ne peut impliquer de la malice au prisonnier, car si on considère sa conduite, d'après les mêmes aveux du prisonnier on y voit le regret causé par la mort de sa victime, quand il l'apprend au moment de son arrestation; il ne peut dormir la nuit et s'écrie "Moi est-ce vrai que je suis un meurtrier."

    Puis il n'offre aucune résistance quand on lui dit qu'il est prisonnier, il indique lui-même l'endroit où se trouve son revolver, est-ce que toutes ces choses indiquent un meurtrier?

    Il fait un chaleureux appel aux jurés. Il rappelle le souvenir de sa vieille mère et de sa jeune fiancée, qui prient sans doute le Dieu tout- puissant au moment où l'orateur adresse la parole aux jurés. Il leur demande de ne pas terminer une existence aussi bien remplie, de lui laisser consacrer honnêtement, au sein de sa famille, au milieu de ses concitoyens, une carrière utile à la société.

    Puis l'orateur termine ses remarques par un superbe mouvement d'éloquence qui fait verser des larmes au jury et à l'assistance toute entière.

    Il s'écrie: pas d'aternoiements. La potence, l'échafaud ou la liberté! Le prisonnier criblé de balles qu'il a reçues dans ses nombreuses courses à travers le continent américain n'est pas un homme pour moisir dans les bagnes à côté des gends de sac et de corde. Il ne vient pas implorer votre pitié. S'il est coupable, qu'on le pense! S'il est innocent qu'on lui rende la liberté.

    Le jeune criminaliste reprend son siège, au milieu d'un grand concours d'amis qui viennent le féliciter de son succès.

    C'est, sans contredit, un des plus beaux morceaux d'éloquence que nous ayions entendus.

    Après quelques moments de silence M. R. Préfontaine, substitut du procureur-général, adresse le jury au nom de la Couronne pendant près d'une heure.

    Son Honneur le juge en chef Sir A. A. Dorion résume les faits de la cause avec une grande impartialité: Il explique aux jurés les points obscurs de la cause; que s'il ne trouve pas le prisonnier à la barre coupable de meurtre avec préméditation, ils peuvent rendre le verdict de "homicide" et que si enfin ils trouvent que le prisonnier était dans un état de légitime défense ils peuvent rendre un verdict "d'acquittement"; que dans tous les cas ils doivent accorder le bénéfice du doute à l'accusé.

    Puis à une heure la cour s'ajourne jusqu'à deux heures et demie et le jury est enfermé pour s'entendre sur leur verdict.

    La salle était remplie de curieux qui escomptaient les chances d'acquittement de Caza. Parmi le nombreux public qui pressait dans l'enceinte de la cour on ne trouvait personne qui ne sympathisât avec le malheureux prisonnier.

    Tout à coup vers 2 ½ heures le bruit se répandit que le jury n'était pas d'accord et que l'on se trouvait 10 contre 2 pour l'acquittement. Il aurait fallu voir le bonheur qui rayonnait sur totues les figures, pour se convaincre des nombreuses sympathies qu'il éveille par tous ceux qui ont suivi ce long procès.

    A 3.20 hrs. on frappe à la porte des jurés et le calme se rétablit; on pouvait entendre une mouche voler dans l'immense salle bondée de spectateurs.

    Enfin, la voix du greffier demande le verdict qu'ils vont rendre et l'un des jurés répond: Non coupable.

    Le prisonnier affaibli par la grande joie qui s'empare de lui tombe à la renverse et est soutenu par les gardiens.

    Sur motion de M. H. C. St Pierre le prisonnier est libéré.

    Des applaudissements éclatent de toutes parts et on a peine à retenir la foule.

  13. mercredi 3 octobre 1888, page 2

    On a vu hier par les comptes-rendus des tribunaux que Caza a été acquitté par le jury de la charge de meurtre qui pesait contre lui.

    Nous sommes heureux que ce garçon actif, intelligent, ait pu faire reconnaître son innocence, mais nous devons un éloge spécial aux habiles avocats qui ont si brillamment défendu sa cause.

    MM. St Pierre et Geoffrion par la conduite habile de la défense, M. F. X. Dupuis par les renseignements précieux qu'il appartait à ses collègues et enfin M Poirier par sa chaude et mâle éloquence qui a soulevé l'enthousiasme unanime et enlevé le verdict de main de maître, tous ont prouvé dans cette cause leur haute valeur et leur grand talent.

    Pour M. Poirier, en particulier, c'est un triomphe professionnel qui panse bien des blessures politiques.






Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
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