Mes racines / my roots

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Compte-rendu de Gérard Dion

Le texte qui suit a été transcrit de celui trouvé
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Ce qui suit est un compte-rendu par Gérard DION, de l'Université Laval, du livre du père Jacques Cousineau, S.J. indiqué plus bas, trouvé dans la revue RELATIONS INDUSTRIELLES, VOL. 37. NO 3 (1982), pages 710-712 ainsi qu'au site internet mentionné plus haut.




L'Église d'ici et le social 1940-1960, 1. La Commission sacerdotale d'Études sociales, par Jacques Cousineau, s.j., Montréal, Les Éditions Bellarmin, 1982, 287 pp., ISBN 2-89007-462-5.

Cet ouvrage est le premier d'une trilogie que se proposait l'auteur pour exposer le rôle qu'a joué l'Église au Québec dans le domaine social au cours de la période qui a précédé la «révolution tranquille». Il est consacré à la Commission sacerdotale d'Études sociales qui groupait des prêtres dans le but de conseiller l'Épiscopat et qui a eu une influence considérable pendant la décennie qui a suivi la Deuxième guerre mondiale. Le second ouvrage abordera deux questions qui ont eu une très grande répercussion au Québec dans les années 1948-1949: celles de la silicose et de l'amiantose. Enfin, le troisième que projetait l'auteur devait décrire dans son ensemble l'influence de l'Église, de sa doctrine sociale et des catholiques sociaux sur les destinées du Canada français pendant les années cruciales de fermentation qui ont abouti à 1960.

L'auteur est prématurément décédé quelques semaines après la parution de ce volume. Il avait cependant terminé le manuscrit du second et il ne restait qu'à y ajouter la conclusion. Quant au troisième, qui était encore simplement en chantier, il faudra bien se résigner à n'en jamais connaître le contenu.

Jacques Cousineau était bien placé pour écrire cet ouvrage sur la Commission sacerdotale d'Études sociales (CSES). Il le fait en témoin et acteur qui a été mêlé à ses activités et qui a eu accès à ses archives de même qu'à une multitude de documents demeurés jusqu'ici confidentiels.

Ce n'est pas l'endroit d'exposer les multiples facettes de la carrière — ou plutôt des diverses carrières — de ce géant, au physique et au moral, qui a été amené, par des circonstances qu'il explique avec sérénité dans son ouvrage, à brusquement mettre fin à ses activités dans le domaine des relations du travail pour lesquelles il s'était longuement préparé. À l'époque couverte dans cet ouvrage, il était professeur à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal et aumônier de syndicats à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (devenue en 1960 la Confédération des syndicats nationaux). Il faisait aussi partie de l'Équipe des jésuites de l'École sociale populaire et était un des rédacteurs de la revue Relations qu'il avait contribué à fonder.

Conscient du danger qu'il y a de confondre ce qui s'est passé avec ses propres perceptions, et surtout ses propres opinions, l'auteur a divisé son ouvrage en deux parties: les faits d'abord et commentaires ensuite. Si ce procédé comporte des avantages indéniables quant à l'objectivité, il entraîne fatalement certaines répétitions.

Les faits, c'est l'histoire de la Commission sacerdotale d'Études sociales et de son activité. L'auteur en de très brefs chapitres, expose comment est né cet organisme dans le paysage économico-social de l'après-guerre, sa constitution, ses liens avec l'Épiscopat, sa petite histoire interne, ses activités ecclésiales et ses publications. Il s'étend longuement sur les interventions publiques qui ont eu beaucoup de rententissement à l'époque: en matière législative, les déclarations touchant le projet de Code du travail (bill 5) de Duplessis et la loi 60 enlevant le droit de grève et d'arbitrage aux enseignants; son rôle lors de la grève de l'amiante; et enfin, la préparation et la publication de la célèbre Lettre épiscopale collective sur le problème ouvrier (1950).

Les premiers chapitres fournissent sans doute des détails intéressants, mais la rédaction est tellement aseptisée que l'on est beaucoup plus en face d'une chronologie que d'une histoire. Mais lorsque l'auteur passe aux interventions publiques de la Commission, le lecteur va apprendre beaucoup de choses qui ne sont pas connues du public, même de plusieurs auteurs qui se sont mêlés de palabrer sur le sujet. Documents à l'appui, il expose dans les moindres détails, en identifiant les personnes et leurs gestes, les raisons qui ont motivé les interventions, comment elles ont été entreprises, les réactions qu'elles ont suscitées, et les résultats qu'elles ont produits.

Y sont mis en lumière le rôle exact joué par certains évêques, comme le Délégué apostolique, Mgr Antoniutti, Mgr Courchesne, Mgr Charbonneau et Mgr Roy dans l'affaire de l'amiante. Et naturellement aussi, celui de Duplessis. On trouvera dans l'ouvrage de Jacques Cousineau le texte même des trois lettres que Mgr Courchesne a adressées au Premier ministre pour tâcher de l'infléchir dans sa position butée qui empêchait tout règlement ainsi que le texte du compte rendu d'une longue entrevue entre M. Duplessis et le président de la CSES, Mgr Jean-Charles Leclaire (pp. 255-271). Est racontée encore la démarche des trois émissaires du Premier ministre chez le Délégué apostolique en vue de le convaincre d'amener les évêques à intervenir auprès des ouvriers pour qu'ils mettent fin à la grève. Et pour la première fois, sont publiées les notes rédigées par Mgr Antoniutti lui-même à la suite de cette entrevue (p. 102).

À travers tous ces documents, on peut se faire une idée du pouvoir exercé par M. Duplessis, du caractère des personnes en présence et du courage qu'il a fallu pour en arriver à la déclaration de la CSES au nom de l'Épiscopat.

Tout ce qui a entouré la déclaration est exposé dans les moindres détails et c'est précisément la démarche des trois émissaires du Premier ministre auprès du Délégué apostolique qui a incité celui-ci à suggérer un tel geste. Il n'est pas du tout une initiative de Mgr Charbonneau, bien que celui-ci ait été mêlé à son élaboration finale. L'auteur rapporte aussi dans cette partie les circonstances qui ont amené l'Épiscopat à décider de la publication de la Lettre sur le problème ouvrier (1950), les différentes étapes de sa rédaction par les membres de la CSES et de sa revision par un comité d'évêques. Il est à noter que Mgr Charbonneau, bien que non signataire en raison de son départ de Montréal, faisait partie de ce comité.

La seconde partie de l'ouvrage de Jacques Cousineau porte le titre général de «Commentaires». «Cette histoire (la première partie) dit-il, ne serait pas suffisamment incarnée dans la réalité sociale d'ici si des commentaires appropriés, nécessairement subjectifs parce qu'interprétatifs et synthétiques, ne venaient pas compléter les faits décrits auparavant» (p. 131).

Ici, l'auteur dépasse l'action de la CSES qu'il replace dans un contexte plus général. Les titres de chapitres sont évocateurs des thèmes qu'il aborde: sens du mouvement social (1930-1939); fondement de l'oeuvre sociale (1939-1945); changement d'attitude et contestation sociale (1945-1950); la grève de l'amiante et l'Église d'ici (1949); la Lettre sur le problème ouvrier (1950); évolution de la mentalité sociale (1950-1960).

En évitant de se placer au centre de toute cette vie sociale à laquelle il a participé, avec réserve, cependant, il n'hésite pas à souligner le rôle personnel qu'il a joué et même les tracasseries dont il a été victime dans la poursuite de son action. Pour les gens d'aujourd'hui, il expose certaines positions qu'il a prises en diverses circonstances et qu'il avait déjà exprimées dans la revue Relations à laquelle il contribuait régulièrement. À l'époque, il était considéré non seulement comme progressiste, mais comme radical et, dans un souci de vérité, il rappelle que tous n'applaudissaient pas à ses déclarations (p. 110).

En terminant la lecture de cet ouvrage dans lequel l'auteur présente une tranche de l'histoire de l'Église au Québec, pour y avoir été mêlé personnellement, je peux témoigner que les faits qui y sont exposés sont véridiques et bien placés dans leur contexte. Jacques Cousineau n'est pas un historien de métier et son ouvrage s'en ressent dans sa facture. On pourra aussi se demander dans quel genre le classer. Comme tel, cependant, il a le mérite de révéler une multitude de faits et d'attitudes connus dans des cercles très restreints mais dont le public, pour différents motifs, n'avait que des bribes. Certains de ces gestes permettront de mieux apprécier les grandeurs et les misères de nos institutions ainsi que les difficultés concrètes de l'action sociale.

Avec raison, Jacques Cousineau est très réservé dans ses conclusions. Il considère qu'il est encore trop tôt pour porter un jugement global et laisse à d'autres le soin de le faire. Cependant, par les matériaux tout à fait inédits qu'il présente, par les faits qu'il raconte et par les explications qu'il fournit, il y a beaucoup de légendes que désormais l'on ne pourra plus honnêtement faire circuler. De plus, les historiens, mieux informés, seront davantage en mesure d'évaluer le rôle et l'impact de l'action sociale de l'Église en notre milieu pendant cette période qui a précédé le grand déblocage des années '60. Enfin, l'ouvrage de Jacques Cousineau est une contribution qui s'étend au-delà de l'histoire de la Commission sacerdotale des Études sociales et qui lève le voile sur la gouverne de la chose publique sous le régime Duplessis.






Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
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