Mes racines / my roots

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1982 et après

Chapitre Dix

1982 ET APRÈS

"Jean est décédé le 13 janvier 1982, d'une méningite, complication d'une pneumonie. Jusqu'au dernier moment, il est resté debout. Je le vois encore à Noël chez Louise, ma belle-fille, assis à une petite table le long du mur pour éviter les courants d'air. Et tous deux, le petit-fils de 7 ans et le grand-papa de 78 ans, se tiennent une conversation animée dont je n'entends rien.

Dans la nuit du 9 janvier, Jean perd connaissance chez nous. Mon gendre Raymond le fait transporter à l'Hôtel-Dieu. Il y est mort doucement le 13 janvier, en notre présence à tous.

"Ton corps sur ce lit d'hôpital, je ne le touche qu'avec infiniment de respect. Jean, quel brillant causeur tu étais! Ta mémoire, ton esprit de synthèse, ton habileté à expliquer et à convaincre ont marqué ta famille et tes amis.

Tu maniais la scie et le marteau avec autant de fougue que les idées et tu as laissé derrière toi, chez tes enfants, des preuves tangibles de ton adresse.

La variété de nos occupations et de nos intérêts a donné beaucoup de piquant à notre vie ensemble.

Il ne me semble pas que j'aie le droit de pleurer: en pleurant, je vais amoindrir ton bonheur; tu m'aides à être brave; tu me remplis d'une grande paix! le crois que c'est ta paix qui retombe sur moi. C'est le dernier témoignage de ton amour pour moi, pour nous tous, pour Pierre qui ne veut pas admettre que la fin est arrivée et semble prêt à tomber en défaillance."

Après les funérailles, nous sommes revenus à Forden. Mes enfants et mes amis rassemblés m'ont réconfortée en rappelant des bons mots et des traits généreux du caractère de Jean.». (Extrait de mon journal - janvier 1982).

Je continue de vivre sur la rue Forden où parfois Bernard vient me rejoindre. Préparer le repas pour quelqu'un, être deux pour le partager, le soir surtout, c'est tellement appréciable!

Je garde le contact avec mes amis en leur téléphonant ou en allant les rencontrer. Ceci m'aide beaucoup à passer au travers des premiers mois de solitude et de toutes les formalités du règlement d'un testament.

À l'été, j'accepte l'invitation à passer une semaine en roulotte à Assateague (É.-U.) avec Pierre, Louise et leurs enfants. Le sable et l'eau imposent leurs lois et donnent à ceux qui les choisissent une paix d'une rare qualité.

Tous les ans par la suite, je reçois de l'un ou l'autre de mes grands enfants une invitation à un voyage qui m'éloigne temporairement de ma trop vaste demeure. Je verrai le Maroc, la France, la Belgique, Nice et la Côte d'Azur et même le lac Ontario, à bord d'un bateau-maison!

En changement

La maison de la rue Forden me sert de havre pendant encore trois ans. Puis il est question d'entreprendre de gros travaux. Je me rends compte que je n'ai ni le goût ni la force de m'engager dans une telle aventure. D'intenses réflexions débouchent sur la conclusion suivante: mieux vaut vendre la maison pendant qu'elle est encore comme on l'a connue et aimée.

Vendre, mais pas donner! Vendre à qui l'apprécie telle quelle, sans la diviser, sans la détruire. Peut-on mettre tant de conditions à une vente? Eh bien! oui, on les mettra! Jean aurait été d'accord.

En octobre 1986, suite à un grave accident, je dois faire un long séjour à l'hôpital. Dans ma chambre de malade, je me raccroche à la vie un peu grâce à mon dernier petit-fils Jean-François, né le 27 août. Ses parents, Céline et Bernard, me l'apportent à la fin des heures de visites, quand ils viennent me souhaiter bonne nuit: je voudrais donc le voir grandir! Pendant ce temps, ma petite-fille Geneviève habite toujours la grande maison vide et la garde vivante et chaleureuse pour le retour de sa grand-mere convalescente. De leur côté, Pierre et Bernard visitent des appartements.

Au printemps 1987, un sursaut économique se fait sentir au Québec. L'immobilier surtout en bénéficie. Je trouve enfin l'acheteur recherché, celui qui aime vraiment ma malson.

Mes fils dénichent un bel appartement au Chambertin. Ils me dessinent un plan des lieux à partir duquel je peux choisir les meubles que je veux garder. Pas question de vendre les autres effets qui portent l'histoire la famille: les enfants se les partageront.

Maintenant, quand je vais chez Céline et Bernard, presque toutes les fins de semaine, je retrouve la chambre que j'avais dû aménager quand Jean est tombé malade. Nicole et Pierre disposent aussi de meubles et autres effets familiers. Je les revois sans nostalgie. Avoir créé des lieux qui ont servi de cadre à tant d'évènements, du quotidien le plus trivial à l'exceptionnel, et voir ces lieux continuer de vivre pour d'autres gens qu'on aime, quel plaisir!



Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 14 décembre 2018
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