Mes racines / my roots

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L'affaire Shortis (Troisième partie):

Extraits de La Patrie
concernant l'affaire Shortis
(troisième partie: son procès à Beauharnois, du début jusqu'à la preuve de la défense excluse, journaux du 1er au 7 octobre 1895)
placés par ordre chronologique
_______




  1. mardi 1er octobre 1895, page 4

    SHORTIS

    Le meurtrier de Valleyfield est parti ce matin pour Beauharnois
    Le sentiment populaire

    Shortis, le meurtrier de Valleyfield, est parti, ce matin, pour Beauharnois.

    Le gouverneur de la prison, M. Vallée, le sous-shérif, M. Franchère, et deux gardes de la prison escortaient l'accusé.

    M. le juge Mathieu se trouvait aussi à bord du train qui a quitté la gare Bonaventure à 6.45 heures, ce matin.

    Le public se demande pourquoi M. le juge Bélanger ne préside pas les assises criminelles du district pour lequel il est spécialement nommé.

    A tout évènement, la mise en accusation de Shortis a été présentée aujourd'hui au Grand Jury qui fera son rapport cet après-midi.

    Un ami nous télégraphie de Beauharnois que la population, comme toujours du reste, en dépit des nouvelles à sensation publiées dans certains journaux, est calme et paisible. On discute les incidents divers que le procès pourrait présenter et l'issue même du procès, suivant la preuve qui sera faite.

  2. mercredi 2 octobre 1895, page 2

    SHORTIS
    IL AURA A REPONDRE A TROIS ACCUSATIONS
    IL SE DIT INNOCENT


    Ses avocats veulent plaider folie
    L'attitude de la population

    Le train sur lequel se trouvaient le gouverneur Vallée, le sous-shérif Franchère, le constable spécial Groleau et Shortis est entré en gare de Beauharnois à 8 heures 45, hier matin.

    Près de 150 personnes s'étaient rendues à l'arrivée du train. Le shérif Laberge monta immédiatement à bord du char à fumer et aussitôt l'on vit descendre de ce char les gardiens du prisonnier et ce dernier. Shortis avait les menottes et a sauté sur la plateforme en disant au constable qui voulait lui aider: "That"s all right."

    La foule n'a fait aucune démonstration.

    On a fait aussitôt monter le meurtrier dans une voiture qui est partie immédiatement pour le palais de justice. Au greffe, M. Vallée a ôté les menottes au prisonnier qui l'a remercié. Une discussion s'est élevée pour savoir qui devait livrer le prisonnier au shérif de Beauharnois. Le juge Mathieu a décidé que c'était à M. Vallée de remettre le prisonnier au shérif Laberge. Ce dernier a donné le reçu exigé par la loi.

    Pendant ce temps, la salle d'audience se remplissait de curieux et bientôt les hommes de police dûrent renvoyer la foule qui ne pouvait trouver de place.

    A 10 h. 25, le juge Mathieu entrait en cour et le grand juré fut assermenté. MM. MacMaster et Laurendeau, les représentants de la Couronne, prirent place en face du président du tribunal, ainsi que MM. Greenshields et Foster, les avocats de la défense. M. St-Pierre n'était pas alors arrivé.

    En arrière des avocats du prisonnier se trouvaient le père et la mère de Shortis. Dans le corridor du palais de justice on pouvait voir le jeune Wilson, si grièvement blessé par Shortis, John Lowe qui se trouvait avec Lebeuf dans la voûte, et M. Loy, le père d'une des victimes.

    A 10 heures 45, le juge Mathieu lit l'adresse suivante au grand jury:

    Messieurs les grands jurés,

    Vous êtes appelés aujourd'hui à prendre part à des fonctions bien honorables, dans l'administration de la justice criminelle de ce district.

    Votre district, toujours si paisible et soumis aux lois, a été frappé de terreur le deuxième jour de mars dernier lorsqu'on a appris que durant la nuit du premier jour du même mois, un meurtre affreux avait été commis dans la florissante ville de Valleyfield. On apprit que deux citoyens respectables John Loy et Maxime Leboeuf, avaient été tués, et que Hugh A. Wilson avait été gravement blessé.

    Un acte d'accusation vous sera soumis concernant le meurtre de John Loye et de Maxime Leboeuf. Le meurtre est le plus grand crime que connaisse la loi; c'est le fait de tuer félonieusement, volontairement et avec malice préméditée ou présumée, une créature humaine vivante, et dans la paix du Souverain. La malice est ce qui distingue le meurtre de tous les autres homicides.

    Un acte d'accusation pour vol et un autre acte d'accusation pour tentative de vol vous seront aussi soumis et vos devoirs quant à l'accusation de meurtre seront comparativement faciles, vu que l'on vous soumettra une preuve positive du meurtre de John Loye et de Maxime Lebeuf, par l'accusé, ce qui sera suffisant pour vous autoriser à rapporter l'acte d'accusation comme fondé. Messieurs, vous avez juré de vous enquérir diligemment et présenter vraiment toutes choses qui vous seront soumises, de garder secrets les avis de notre souveraine dame la reine, de nos collègues et les vôtres, de n'accuser personne par envie, haine ou malice et de ne refuser d'accuser personne par crainte, affection, récompense ou espérance de récompense, mais de représenter toutes choses suivant les faits et conformément à votre conscience.

    Les grands jurés se sont ensuite retirés dans leur chambre pour délibérer.

    Le grand jury a rapporté, à midi juste, un true bill contre Shortis sur deux accusations de meurtre et un autre pour tentative de meurtre sur la personne de Geo. Wilson.

    Puis la séance est ajournée.

    A midi, le Grand Jury rapporte comme fondées deux accusations pour meurtre et une troisième accusation pour tentative de meurtre.

    La séance est de nouveau ajournée à deux heures.

    A la reprise de l'audience, Shortis est amené dans la boîte aux accusés. Il tient la tête haute et ne paraît pas le moins du monde affecté.

    M. Branchaud, greffier de la Couronne, lit l'acte d'accusation. A la demande traditionnelle: Etes-vous coupable ou non coupable? Shortis répond d'une voix forte: "Je ne suis pas coupable.".

    Immédiatement M. Greenshields lit la déclaration suivante:

    "Province de Québec, District de Beauharnois.

    "La Reine vs Valentine Francis Cuthbert Shortis.

    "L'avocat du prisonnier accusé de meurtre, en outre de la plaidoirie orale de "non coupable", offre comme plaidoyer spécial au dit acte d'accusation, sous toutes réserves que de droit, et dit:

    "Qu'au moment où ont été commis les actes allégués à l'acte d'accusation, le prisonnier agissait sous l'influence d'une imbécilité naturelle et d'une maladie du cerveau à tel point de le rendre incapable d'apprécier la nature et la qualité de l'acte et de savoir qu'un tel acte était mauvais; qu'il était de plus, à ce moment, dans un état d'ignorance et de maladie de cerveau qui ne lui permettait pas de jouir de son libre arbitre, qu'il était dans un état de démence et qu'il était fou."

    Beauharnois, le 1er oct. 1895

    GREENSHIELDS et St-PIERRE,Avocats du prisonnier.

    L'avocat de la Couronne, M. McMaster, répond et s'objecte à la prétention de la défense.

    Il déclare que la demande telle que présentée n'est pas régulière. Il fait ressortir que toute idée d'irresponsabilité doit être exclue en présence des faits tels que connus et de la préméditation qui semble absolument manifeste.

    Le juge. - Ce n'est seulement qu'un avis, je crois, de ce qu'entendent prouver les avocats de la défense.

    M. Greenshields. - Exactement, votre honneur.

    M. McMastger annonce alors qu'il présentera une objection régulière quand la cour s'ouvrira aujourd'hui.

    La cour s'ajourne alors à ce matin, à 10 heures, alors que les témoins suivants seront appelés: John Lowe, Hugh A. Wilson, Arthur Lebeuf, Dr Sutherland, Elias Poirier, Napoléon Delisle, les Drs Lussier et Ouimet.

    M. St Pierre est arrivé hier soir et s'est mis aussitôt à l'ouvrage avec ses collègues.

    Le prisonnier affiche un cynisme révoltant. Il est paisible et parle de toutes sortes de choses, surtout de son chien.

    L'attitude de la population de Beauharnois dément bien tous ces bruits à sensation qu'on avait fait courir et démontre que le prisonnier aura un procès impartial.

  3. mercredi 2 octobre 1895, page 4

    SHORTIS
    Le plaidoyer de folie
    Le choix du jury

    La cour d'assises s'est ouverte ce matin, à Beauharnois, à 10 heures 30.

    Après une longue mais savante discussion entre les avocats de la couronne et de la défense, relativement au plaidoyer spécial de folie présentée par la défense dans l'affaire Shortis, le juge a permis la preuve de folie.

    On s'est ensuite occupé du choix du jury et les personnes qui ont été appelées ont répondu en général qu'elles rendraient justice à l'accusé.

    La cause va donc s'instruire immédiatement.

  4. jeudi 3 octobre 1895, page 2

    SHORTIS
    Difficultés pour choisir le jury
    Onze jurés seulement

    L'intérêt créé parmi la population de Beauharnois par le procès de Shortis est loin de diminuer. Au contraire on discute l'issue probable du procès et les prétentions de la Couronne comme celles de la défense.

    La difficulté qu'on a à former un jury, les diverses objections que les savants avocats soulèvent à tout instant sont bien de nature à exciter l'opinion publique.

    La population, cependant, n'est pas préjugée contre le prisonnier et, nous le répétons, Shortis aura un procès impartial.

    Les curieux affluent au palais de Justice: plusieurs même, pour ne pas perdre leurs sièges, ont la précaution d'apporter leur lunch et, détail à noter, une bonne vieille a établi dans le corridor du palais de justice un comptoir où des rafraîchissements sont servis à la foule.

    Dans la salle d'audience il y a un espace réservé aux dames, au nombre desquelles se trouvent Madame McMaster, la femme de l'avocat de la Couronne.

    M. J. K. Elliott, qui a été pendant 25 ans, substitut du procureur-général dans le district vient de se joindre à MM. Greenshields, Saint Pierre et Foster pour la défense.

    Comme on le voit, l'accusé ne manquera pas de défenseurs.

    Hier matin, l'audience a commencé à 10 heures 15. Le prisonnier a été amené à la barre d'où il a salué ses avocats et ses parents.

    M. MacMaster s'est alors levé et a demandé que la dernière partie du plaidoyer de la défense fut retranchée.

    Cette partie se lit ainsi:

    "Qu'il (le prisonnier) était de plus, à ce moment, dans un état d'ignorance et de maladie du cerveau qui ne lui permettait pas de jouir de son libre arbitre, qu'il était dans un état de démence et qu'il était fou."

    M. Mc Master s'efforce de démontrer que si, en certains cas, prévus par la loi, on peut et on doit faire intervenir la circonstance atténuante de folie, ce ne semble pas ici le moment de le faire.

    Le juge Mathieu répond que son devoir n'est pas de décider aujourd'hui du mérite de la question et qu'il devra se borner à faire à cet égard l'application de la loi.

    M. St-Pierre demande alors que le jury soit mixte, ce que la cour accorde.

    M. St-Pierre soulève une question de forme. L'acte d'accusation contre Shortis, dit-il, porte sur deux meurtres: ceux de Maxime Leboeuf et de J. Loy, ce qui est illégal. La loi veut que chaque cas fasse l'objet d'une mise en accusation spéciale.

    Au sujet de son droit de récusation contre les petits jurés, il prétend qu'il doit être double, puisqu'il y a deux cas à leur soumettre. Comme la défense demande un jury mixte, c'est donc 40 récusations qu'elle réclame au lieu de 20 qu'elle a droit de faire péremptoirement, Il cite divers articles du code.

    En résumé, chacune des accusations doit être l'objet d'un procès séparé.

    Le juge Mathieu se prononce dans ce sens, et décide que l'on commence d'abord de procès pour le meurtre de Loy.

    Alors commence le choix du jury.

    MM. Bisson, notaire, et Branchaud, greffier, sont assermentés pour décider si les jurés sont impartiaux.

    Le premier juré appelé est Robert Brock.

    M. Greenshields lui pose diverses questions ainsi que M. Macmaster.

    Le juge Mathieu dit à MM. Bisson et Branchaud de décider si le juré est impartial. Ceux-ci répondent affirmativement.

    Néanmoins, M. Greenshields récuse Robert Brock. MM. Georges Sauvé, Robert Wright, William Adams, E. James, H. Machardy, Marcellin Hébert, Jeremiah Murphy, Alfred Deschamps, John Darby, ont été successivement récusés pour cause de partialité manifeste.

    Le juge Mathieu dans le but de restreindre les questions posées en examen aux jurés et de faciliter les réponses de ces derniers leur a expliqué la loi.

    La défense se décide à laisser siéger MM. Chs McCarthy, Jos. Daoust, Théodore, Régis Cardinal, Alex. Watson, Wm Feeney et la cour s'ajourne à 1 heure moins le quart.

    A la reprise de l'audience, on continue le tirage au sort des jurés. /P>

    Plusieurs personnes appelées sont récusées pour cause de partialité reconnue.

    Finalement les cinq personnes dont les noms suivent ont été acceptées par la défense: MM. Chysologue Demers, P. S. Smaile, Geo. Laggat, Pierre Boyer et Théo. Doré. Ce qui porte le nombre de jurés à onze.

    Il reste encore un juré à nommer et la première liste de jurés est épuisée.

    Après quelque discussion, le juge Mathieu donne l'ordre au shérif Laberge d'assigner 15 personnes de langue anglaise pour ce matin, à 10 heures.

    On se demande maintenant si la défense acceptera l'une de ces 15 personnes. Il est probable, cependant, que le jury sera complété ce matin.

    Voici les noms des 11 jurés assermentés:

    Charles Deault, St Etienne; Théo. Bourdon, Ste Philomène; Régis Cardinal, Ste Martine, Alex. Wilxson, Elgin; Wm Fedeney, Godmanchester; Charles Demers, St Antoine Abbé; A H Small, Elgin; Geo Legget, Hinchinbrook; Pierre Boyer, Ste-Martine; et Théo Doré, St Urbain.

    On a appris que M. Robert McGuinnes, beau-père de Melle Anderson, de Valleyfield, celle que Shortis courtisait, est dangereusement malade. C'est un témoin important pour la défense. On croit que celle-ci demandera une commission pour examiner le malade.

  5. vendredi 4 octobre 1895, page 2

    SHORTIS
    Un juré tombe subitement malade
    L'attitude du prisonnier

    Après toute une nuit de fatigues et de démarches de toutes sortes, le shérif Laberge a pu présenter à la cour de Beauharnois les 15 jurés tant désirés.

    A l'ouverture de l'audience, le juge Mathieu a expliqué aux nouveaux jurés l'esprit de la loi relative aux cas d'insanité reconnue chez un criminel.

    Aux questions posées par les avocats, la réponse de presque tous les jurés a été la même. Pour eux le prisonnier est coupable. Quelques-uns même ont ajouté à leur réponse: "Il a tué, qu'on le pende."

    La foule était considérable et, à mesure que la liste de jurés s'épuisait, devenait buyante.

    Quant à Shortis, il est plus pâle que la veille, mais très calme en apparence.

    Les nommés David Elliott, Thomas Gibb, A. McMartin, William F. Metcalf, John Rutherford, James G. Carruthers et Thomas Boyer sont successivement récusés.

    La foule devient de plus en plus bruyante; l'ordre cependant se rétablit assez facilement aux appels des huissiers.

    Finalement John Cunningham est accepté par la défense et le jury est complet.

    M. St Pierre demande à la cour de congédier les témoins de la salle d'audience avant que la Couronne fasse son adresse aux jurés. Les témoins ne doivent pas avoir connaissance des charges de la Couronne.

    M. McMaster proteste, mais le juge Mathieu donne raison à la défense etle greffier appelle les témoins qui sont pour la Couronne: John Lowe, Hugh A. Wilson, Arthur Lebeuf, Dr Walter Sutherland, Elie Poirier, Napoléon Delisle, David A. Smith, J. G. Lussier, Joseph St Onge, M. D., J. A. Ouimet, Ernest McVicar, François Mireau, Léon Leduc, Charles Lecomte et James Sparrow.

    M. McMaster explique alors, en anglais, la cause aux jurés. Il rappelle les différentes circonstances du meurtre de J. Loy, pour lequel le prisonnier subit actuellement son procès.

    Puis il fait observer au jury que la défense veut faire passer Shortis pour fou. La loi excuse jusqu'à un certain point le fou qui commet un crime, et consent à le reconnaître pour irresponsable. Est-ce bien le cas ici? Peut-on dire qu'un individu est fou quand il commet aussi froidement le plus grand de tous les crimes, le meurtre, avec un acharnement féroce? Peut-on le dire fou et le faire passer pour irresponsable, quand il est si manifeste qu'il a médité son crime longtemps à l'avance? Mais il ne faut pas chercher à excuser sous prétexte de folie des meurtres aussi abominables. Il est facile de dire que l'accusé est fou, irresponsable, faible d'esprit, mais il faut encore le prouver. Si on envoie Shortis dans une maison d'aliénés, on verra qu'avant peu l'accusé ou le fou du moment sera remis en liberté sous prétexte qu'il est guéri.

    MM. Greenshields et St Pierre interrompent l'avocat de la Couronne et déclarent qu'il outrepasse ses droits. Il doit se borner aux faits reprochés à l'accusé.

    M. McMaster dit qu'il est dans son droit et continue ses explications aux jurés. Il leur dit que c'est à eux de juger si l'accusé a froidement comploté son crime, si les preuves de folie apportées par la défense démontrent suffisamment la folie du prisonnier. Ils doivent juger suivant leur conscience et sans préjugé personnel.

    Pendant le discours de M. McMaster, les parents du prisonnier ont pleuré à chaudes larmes. Quant à Shortis, son visage n'a trahi aucune émotion.

    M. Laurendeau commence ensuite son adresse aux jurés en français. C'est une répétition du discours de M. McMaster.

    Enfin on appelle le premier témoin, John Lowe. Il est caissier de la filature à Valleyfield. Il ne quitte pas l'accusé des yeux.

    Il a fait la connaissance de Shortis en juillet 1894 lorsque ce dernier est entré au service de M. Simpson. Il explique comment les employés étaient payés. C'est lui-même qui recevait les fonds de la Banque de Montréal chaque quinzaine. La fabrique compte 1,400 employés. Le 1er mars il a reçu, comme à l'ordinaire la solde des ouvriers. C'était un vendredi. Shortis connaissait parfaitement les habitudes de la fabrique. Ce jour-là Lowe a reçu l'argent vers 7½ heure. Vers 10 heures du soir quelqu'un a frappé. Loye a demandé qui frappait. Entendant le nom de Shortis il a ouvert. Lowe travaillait avec Wilson; Shortis est entré dans le bureau et s'est mis à causer avec ses anciens amis.

    M. McMaster produit un plan de l'usine de Valleyfield. Lowe donne lui-même les explications nécessaires aux jurés.

    A 3.10 hre, interruption de l'audience par l'indisposition subite de John Conningham, le dernier juré assermenté.

    A 4 heures moins dix M. McMaster vient informer la cour que M. Conningham est hors d'état de siéger avant deux ou trois heures d'ici. La cour s'ajourne alors à ce matin, 9½ heures.

    Avant le témoignage de Lowe, M. H.C. St Pierre a demandé que le rapport de la commission envoyée en Irlande soit ouvert et reste entre les mains de la cour pour le présent.

    La demande est accordée.

    La chaleur est étoufante dans la salle d'audience et c'est ce qui explique l'indisposition subite de M. Conningham.

    Voici maintenant que l'on dit que Shortis se meurt de consomption et qu'alors même il échappera à la potence, il ne pourra vivre plus de 18 mois. Chose assez grave: quatre [?] sont mortes de cette maladie.

  6. samedi 5 octobre 1895, page 2

    SHORTIS
    La preuve de la Couronne
    Mde Shortis ne cesse de pleurer

    La foule était encore plus considérable que les jours précédents à l'audience d'hier de la cour d'assises de Beauharnois.

    Shortis montre toujours le même cynisme révoltant, mais sa mère ne cesse de pleurer et l'on a dû même l'aider à sortir de la salle, tant elle était affectée.

    John Lowe est le premier témoin interrogé. Il décrit les diverses parties du plan de l'usine mais la Couronne suspend la déposition du témoin pour produire des pièces à conviction.

    Elie Poirier, détective de Valleyfield, est assermenté. Il produit deux revolvers; ces armes sont encore chargées. Il produit également une canne, un ciseau de menuisier, une cravate noire, des bretelles et plusieurs pièces brisées du téléphone, notamment le récepteur. Cette pièce était dans le corridor près du corps de Leboeuf.

    M. Poirier va dans une pièce voisine pour décharger les revolvers.

    Il produit encore les balles qui ont été retirées du corps de Leboeuf, à l'autopsie; la balle que le docteur Sutherland a extraite de la blessure de Wilson, celle qui a tué Loye en le frappant à la tête.

    M. Lowe continue ensuite son témoignage.

    Wilson et lui ont commencé à rentrer l'argent dans la voûte ainsi que les livres. Il y avait $12,500. En sortant de la voûte, il a vu Shortis prendre le fameux revolver dans le tiroir. Le prisonnier a fait feu sur Wilson à trois pieds de distance. Loye s'est élancé vers le téléphone et a passé devant Shortis. Celui-ci a tourné sur lui-même et d'un nouveau coup a tué raide Loye, qui est tombé sans pousser un soupir.

    Avant de tirer sur Loye, Shortis a dit à Lowe: Si vous bougez de là, je vous tue. Après avoir tué Loye, Shortis s'est retourné vers Lowe, qui soutenait Wilson et leur a tiré une nouvelle balle qui a manqué Wilson. Le témoin s'est sauvé vers la voûte, et a saisi au passage, deux sacs de monnaie qui restaient sur la table. Il y avait $1,500 dans ces deux sacs. Arthur Leboeuf, frère de Maxime, qui les assistait dans leur travail, était déjà dans la voûte. Le coup de revolver est parti, la balle a frappé la porte de fer. Le témoin a pénétré dans la voûte et tiré la porte sur lui. Shortis est venu alors à la porte. Lowe a entendu, au bout de quelque temps, Shortis dire: "Hello! Maxime, qu'est-ce qu'il y a donc?" Maxime Leboeuf a répondu: "Il n'y a rien du tout."

    Au même moment une détonation a retenti, Shortis est revenu à la voûte et a demandé à Lowe comment ouvrir la porte, celui-ci lui a donné une indication, Shortis a exécuté la manoeuvre, la porte se trouvait dès lors fermée. Shortis leur a dit d'un ton larmoyant: "Sortez donc: Wilson a besoin de secours, le pauvre Loye est mofrt." En même temps, Lowe entendait Shortis faire fonctionner la batterie de son revolver. Lowe lui dit: "Shortis, pour l'amour du bon Dieu, vous en avez fait assez, sortez, allez-vous-en." Shortis a répondu: "C'est bien, je m'en vais." Il a marché brusquement vers une porte de sortie, l'a fait battre avec force, puis il est revenu sur la pointe des pieds près de la voûte.

    Un peu plus tard, les employés de l'usine sont arrivés et le docteur Sutherland est venu parler, à la voûte, Lowe lui a dit qu'il ne voulait pas sortir, car Shortis avait un autre revolver sur lui. Le Dr Sutherland a répondu que Delisle s'était emparé de Shortis. Lowe consentit enfin à dire au Dr Sutherland d'appeler M. Smith, l'un des directeurs. Celui-ci arriva enfin et délivra ses employés. On a fouillé Shortis aussitôt, et on a trouvé sur lui un autre petit revolver à quatre coups, caché sous son bras gauche et suspendu au cou par un mouchoir.

    Le témoin a dit que Shortis n'avait aucun ennemi dans l'usine. Le prisonnier était employé par M. Simpson. Il avait été remercié parce qu'il continuait, malgré des avertissements réitérés, à fréquenter de mauvais lieux. Il revenait souvent voir les anciens camarades, on le laissait aller et venir librement.

    Hugh Wilson est le témoin suivant. Il confirme les déclarations de Lowe, jusqu'au moment où Shortis lui a tiré la première balle. A ce moment, Wilson venait de mettre son pardessus pour s'en aller. Wilson exhib e une parcelle de plomb qui est sortie seule de sa langue, après y avoir séjourné deux mois. Quand il a repris connaissance, il a vu Loye étendu à terre. Il a voulu lui aussi aller au téléphone, mais Shortis l'a visé de nouveau et a tiré. Mais il l'a manqué. Wilson a reculé et Shortis a tiré sur lui une troisième fois. La balle a frappé le mur. Après le troisième coup de feu, il s'est réfugié dans le bureau du gérant. A ce moment il a vu Shortis tirer sur Maxime Leboeuf qui faisait sa ronde habituelle. Shortis est revenu en courant et a défoncé un panneau de la porte à coups de pieds. Wilson a réussi cependant, à s'enfuir dans le corridor et dans la salle des métiers, mais Shortis le poursuivait de près.

    Au moment où il entrait dans la salle des métiers, il est tombé sans connaissance. Il se rappelle cependant que Shortis est venu près de lui tenant le fanal de ronde de Leboeuf. Là, sans dire un mot, il lui a encore tiré un coup de revolver. La balle a traversé le poumon. Shortis s'en est retourné, mais il est revenu une troisième fois en frottant des allumettes et en disant: "Wilson, Wilson, pour l'amour de Dieu, où es-tu?" Wilson n'a pas répondu, mais il a réussi à se traîner jusqau'à une porte qu'un contre-poids tenait fermée. Avec une peine inouïe il a réussi à passer. Il est arrivé à la chaufferie où il est tombé dans les bras de Nap. Delisle en disant: "Un docteur." Delisle a couru chercher le Dr Sutherland qui lui a posé des questions. Il lui a dit: "C'est Shortis qui m'a blessé. Loye est mort ainsi que Leboeuf."

    La cour s'ajourne à 1 heure.

    A la reprise de la séance, le juge Mathieu informe l'audience qu'il y aura séance de nuit dans le but de hâter le procès.

    Le ddocteur Walter Sutherland de Valleyfield a donné ses soins à Wilson. Celui-ci a dit: "Je crois que Loye est tué." Le docteur est alors parti à la découverte avec Napoléon Delisle. Ce dernier s'est armé d'une barre de fer et le docteur d'un gros boulon. Arrivés dans le bureau ils ont entendu Lowe qui, de la voûte leur a crié: "Prenez garde il va vous tuer." Le docteur et Delisle se sont dissimulés des deux côtés de la porte du bureau. Le docteur lui a crié: "Haut les mains!" Shortis les a levées en l'air et a dit: "Voilà mon revolver. Je me rends; je ne sais pas pourquoi je tue ces gens-là. Le docteur a fait asseoir Shortis dans un fauteuil. Delisle le surveillait, sa barre de fer à la main. Lowe a crié au témoin d'aller voir à Loye. Le docteur a constaté que ce dernier était mort.

    Sparrow et Smith arrivèrent l'un après l'autre, puis M. Lecomte. Sparrow et Smith prirent un fanal et trouvèrent le cadavre de Leboeuf au milieu de l'escalier. C'était Shortis qui l'avait traîné là. Wilson portait au cou des traces de doigts, comme si une tentative de strangulation avait été faite.

    Napoléon Delisle corrobore le témoignage précédent. Il ajoute qu'en faisant lever les bras à Shortis, on s'est aperçu qu'il avait quelquie chose de gros sous le bras. Lowe et François Miron l'ont fouillé; ils ont ttrouvé le petit revolver sous son bras et, sous son vêtement, un gros ciseau de menuisier. Shortis a demandé du papier. Il a écrit quelques lignes. La police est venue et Shortis lui a été livré.

    Quand Delisle a vu Leboeuf, ce dernier avait encore au poignet une paire de bretelles qui avaient servi à Shortis pour traîner le corps.

    Arthur Leboeuf, le frère de Maxime Leboeuf, une des victimes de Shortis, raconte exactement les mêmes faits que Lowe.

    David Frank Smith dit que quand il a vu Shortis, il lui a dit: "Est-ce vous qui avez fait cela?" Shortis jetant la tête en arrière lui a répondu d'un air de défi: "Oui, c'est moi; tuez-moi ou rendez-moi le revolver que je me tue.

    M. Smith s'est écrié: "Une balle serait trop bonne pour toi, tu ne la vaux pas, on va te garder soigneusement."

    François Mireau, constable, a été appelé dans la nuit du 1 au 2 mars à la filature entre 2 et 3 heures du matin. Shortis lui a dit: "Ne me faites pas de mal." Il a amené Shortis à la caserne de police avec l'aide d'un M. Sauvé

    Lowe, rappelé, dit, au sujet du ciseau de menuisiser, que cet outil n'appartient pas à la filature ni à aucun ouvrier de sa connaissance.

    Dr J. G. Lussier de Valleyfield a fait l'examen post mortem et l'autopsie de Loye et Maxime Leboeuf avec le docteur St Onge. Il donne les descriptions techniques nécessaires. Dans le corps de Leboeuf il a retrouvé 3 balles. La blessure était mortelle et presque foudroyante. La troisième balle a été tirée à bout portant dans la tête. Le cuir chevelu était brûlé et la paroi cervicole broyée sur un diamètre de 1 pouce. Blessure suffisante pour amener la mort instantanée.

    Le docteur Jos. Saint-Onge corrobore entièrement son témoignage.

    La Cour s'ajourne.

  7. lundi 7 octobre 1895, page 3

    SHORTIS
    La preuve de la Couronne terminée
    Le rapport de la commission d'enquête
    Un témoin d'Irlande

    La Couronne a terminé samedi sa preuve dans l'affaire Shortis. On peut donc s'attendre à voir le procès du meurtrier de Valleyfield se terminer cette semaine.

    Le Révérend Dunn, de Waterford, vieil ami de la famille Shortis, est à Beauharnois et sera l'un des témoins de la défense.

    A l'audience de samedi matin, le Dr Lussier a ajouté quelques détails sur l'examen interne qu'il a fait du corps des victimes, puis W. E. Burgess, reporter du Herald a été entendu. Il a dit qu'il a eu une entrevue avec Shortis, après le meurtre. Le prisonnier a d'abord refusé de parler de la tragédie avant d'avoir consulté un avocat. Il a parlé cependant de choses et d'autres eet il a fait écrire par le témoin une lettre adressée à une jeune fille. Le témoin a eu d'autres entrevues sans importance avec Shortis.

    M. McVickar connaît Shortis depuis l'arrivée de ce dernier à Valleyfield. Six semaines avant le crime il a eu av ec Shortis une conversation. Ils revenaient de veiller chez Anderson. Ils ont vu de la lumière dans le bureau de la filature. Shortis a dit: "Il ne sera pas difficile d'entrer et de prendre tout l'argent."

    Shortis lui a tenu le même propos deux ou trois semaines plus tard, mais le témoin n'y a pas attaché d'importance. Il a cependant parlé de la chose avec M. Simpson deux jours après le meurtre.

    Georges Guermann, était à la filature quand Shortis a été arrêté. Shortis a fait écrire une lettre par Walter Cook avec recommandation de la remettre au Dr Sutherland.

    M. Walter Cook, a écrit la lettre sous la dictée de Shortis qui lui a donné le nom de la personne à qui la lettre était destinée. La destinataire était Miss Anderson.

    Le docteur Sutherland vient confirmer les dires de M. Cook.

    John Lowe rappelé dit que la filature est au nord de la rivière. La maison d'habitation la plus rapprochée est à 200 verges de la manufacture. Il donne des détails sur le service de rondes et de surveillance pendant la nuit. Il y a tout un système d'avertisseurs électriques avec deux boîtes à chaque étage.

    Quand Maxime Leboeuf a été rencontré puis tué par Shortis il faisait sa ronde habituelle dans les quartiers dont il avait la surveillance.

    Il y avait, qquand le témoin est sorti de la voûte, un grand crachoir dans lequel on avait brûlé une quantité de papiers et une veste de laine. Il y avait aussi une canne à moitié consumée qui est bien celle que Shortis avait sous le bras en arrivant au bureau.

    La preuve de la couronne est terminée.

    A la demande de M. Greenshields le juge Mathieu décide que l'assistant greffier de la couronnne, M. J. A. Laponte ira interroger M. McGinnis qui est malade à Huntington.

    ...

Suite de l'affaire Shortis




Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
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