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Le peintre autour du monde

SIMONE AUBRY BEAULIEU

Ce texte, rédigé par Jean-Pierre Duquette, est tiré du livre intitulé Simone Aubry-Beaulieu publié par Les Éditions du Lion Ailé, 1982, pages 45 à 48.


Le peintre autour du monde

SI L'OEUVRE DE SIMONE BEAULIEU - dessins et peintures - a été peu vu au Québec, c'est à cause des pérégrinations incessantes de la vie diplomatique. À peu près constamment absente du pays depuis l'immédiat après-guerre jusqu'aux années soixante-dix environ, il est assez compréhensible qu'elle ait eu peu de temps à consacrer à la diffusion de cette production consistante qu'il est étonnant de découvrir d'un même coup d'oeil, et qui sera certainement pour plusieurs une véritable révélation.

L'oeuvre peint se développe selon un certain nombre de repères à la fois chronologiques et géographiques, et en «périodes» assez nettement distinctes; des interférences jouent souvent sur deux ou trois moments successifs dans le développement de la peinture de Simone Beaulieu. Après les Beaux-Arts à Montréal au début des années quarante, elle habitera tour à tour Paris où elle fréquente l'atelier de Fernand Léger, et André Marchand; elle profitera également à ce moment-là des conseils de Braque. Puis ce sera Londres, et Beyrouth; ensuite le Brésil, New York, de nouveau Paris, et Lisbonne. Itinéraire peu banal, et dont chaque pôle verra le peintre au travail sans désemparer. C'est peut-être le séjour au Moyen-Orient et celui du Brésil qui laisseront les traces les plus nettement perceptibles dans sa peinture, les plus clairement identifiables.

Si l'on voulait à tout prix sérier cette production, on y verrait à mon sens trois phases principales, depuis la figuration des années quarante jusqu'à l'impressionnisme abstrait des récentes anneés, en passant par un temps intermédiaire marqué justement par le Liban et le Brésil. Les natures mortes des débuts se présentent comme des compositions classiques, équilibrées, à tendance cubiste, et où les tons sombres dominent, le bleu et le vert notamment. Une exception pour cette époque: un agréable tableau horizontal où deux fruits orangés éclatent sur un compotier en faïence claire, parsemé de fleurettes bleues sur fond bleu-gris assez appuyé où se retrouve un autre motif de fleurs plus estompées; à côté, sur le plateau ou la table, un fruit similaire, coupé, et le couteau posé. Cézanne, Juan Gris, bientôt Braque passent par là.

De même dans une autre grande Nature morte de 1944, toute en bleus et verts, avec quelques taches en rouge-orangé: fruit, tissu, en contre-part d'une nappe bleu vif, le tout disposé sur une table verte. En 1949, la Femme assise dans un paysage (la reproduction est en noir et blanc) valut à Simone Beaulieu le Premier prix de peinture de la Province de Québec; au premier plan, assise de trois quarts, une femme hiératique joint les mains tandis que vallonne derrière elle un paysage aux bouquets de sapins marquant la lisière des terres.

La même année, un grand Bouquet rouge d'esprit cubiste (dé-construction en éléments géométriques de la table, du vase, de l'arrière-fond) se déploie largement.

Au début des années cinquante, peinte à Londres, une Nature morte aux poissons, très sombre, laisse chatoyer doucement les ocres d'une aiguière, la lueur blanchâtre d'un linge et des assiettes. Dix ans après la Femme assise dans un paysage, une autre femme assise, près d'un bouquet, montre le chemin parcouru par l'artiste: sur toute la hauteur du tableau, à gauche, une femme en noir se détache à peine des fonds en grisaille sombre; les formes sont à peine suggérées par de minces traits clairs, comme grattés, qui structurent aussi le pan de table, sur la droite, délimitant dans l'espace le lieu du bouquet traité en taches lumineuses; du personnage, seule la tête et la main en avant-plan contre-balancent la clarté des fleurs. Les volumes sont ici organisés beaucoup plus librement, plus assumés, en un mot plus personnels que dans le tableau datant de dix ans.

Les années soixante voient dans la peinture de Simone Beaulieu un passage à l'abstraction, et un motif récurrent, qu'on pourrait appeler archéologique, fait son apparition dans l'oeuvre, que ce soit dans Manuscrit ancien, (1964), Hiéroglyphes (deux tableaux portent ce titre, au moins: l'un peint au Brésil, l'autre à New York; ou encore dans Fouilles de Mâari, (1968). Les titres indiqueraient déjà une préoccupation essentielle du peintre à ce moment.

C'est ici que la peinture de Simone Beaulieu prend à mon avis sa dimension majeure. Presque toujours, les ocres, les gris et les noirs composent des rebus abstraits où des «signes» indéchiffrables et mystérieux proposent leur énigme. C'est également au cours de cette décennie que la technique particulière à l'artiste acquiert toute son «efficacité» (elle travaille en effet avec un mélange inédit d'huile, de sable, de fixatif, sur de la toile, où parfois sur de l'aluminium ou du formica: la surface en trouve une sorte de fini satiné, comme sous un revêtement de cire). Cette période verra également des portraits, traités à la feuille ou à la poudre d'or. On retrouvera aussi bien à ce moment de grands papillons ocre et roses, aux nervures noires, ou une abstraction tout en bleu, ou bien un grand poète récitant (la reproduction est en noir et blanc) en noirs et ocre clair, figure glacée d'immobilité, aux longues mains précieuses comme celles qu'on voit aux anges et aux saints des icones byzantines.

La production des années soixante-dix exprime plus pleinement encore et plus librement la démarche abstraite de l'artiste. Plusieurs de ces tableaux sont exécutés à Percé où Simone Beaulieu possède une maison. Resurgira parfois le motif hiéroglyphique ( Le «crypte» de l'hiéroglyphe, en 1971, dispose une calligraphie insondable sur une «page» ocre qui se détache sur des fonds reprenant les verts de l'écriture).

Bientôt, des transparences lumineuses vont l'emporter sur l'effet tragique de toiles comme ( L'étendard (1970) (Ill. 62 page 69) où une plage rougeâtre, flaqué de sang séché, s'étale sur un fond sombre, comme dans ces drapeaux de guerres anciennes, fragile trophées d'affrontements et de mort.

Mais avec ( Coquillage, en 1971, ou ( Le coquillage englouti, datant de l'année précédente, les fondus de l'air marin l'emportent: coulées à l'horizontale, vert bleuté, beige-rose nacré, ou vert plus glauque et pourtant encore lumineux. Puis viendra une suite de «soleils», qui offrent tous l'image d'une sphère - parfois fractionnée, rouge-orange, dans un champ verdâtre traité en transluciditns, où se retrouvent des motifs très fins de menues ramifications résultant d'une technique semblable à celle de l'éponge. Images d'une grande puissance onirique, qui renvoient aux brumes du rêve, au tremblement incertain du monde entrevu à travers le demi-sommeil.

Ainsi cette oeuvre cohérente se présente-t-elle dans l'évolution de sa logique interne, dans l'affirmation d'une force tranquille et d'un métier sûr. Indépendante des courants et des modes, loin de l'éphémère triomphe de «ce qui se fait», la peinture de Simone Beaulieu suit depuis quarante ans une trajectoire incontestablement personnelle, et donne à voir un univers envoûtant, résultat d'une longue et fructueuse méditation sur le réel.

Jean-Pierre Duquette




Grande nature morte aux fruits, Paris, 1947.
Huile sur toile;
127 cm x 85 cm.




Femme assise dans un paysage, 1949.
Huile sur toile;
106,2 cm x 91,4 cm.




Bouquet Rouge, Montréal, 1942.
Huile sur toile;
118 cm x 80 cm.




Nature morte au poisson, Londres, 1956.
Huile sur toile;
100 cm x 50 cm.




Femme au bouquet, Londres, 1955.
Huile sur toile;
112 cm x 78 cm.




Manuscrit ancien, Beyrouth, 1964.
Collage feuille d'or, huile sur toile;
115 cm x 80 cm.




Fouilles de Mâari, Damas, 1963.
Huile et sable sur bois;
96 cm x 85 cm.



Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 28 novembre 2018
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