Mes racines / my roots

Henri Césaire Saint-Pierre


Adéline Albina Lesieur


Napoléon Mallette


Louis Émery Beaulieu


Guillaume Saint-Pierre


Joseph Bélanger


Geneviève Saint-Pierre


Jeanne Beaulieu Casgrain


Jean Casgrain


Simone Aubry Beaulieu


Marcel Malépart


Jaque Masson


Édouard Trudeau


Rolland Labrosse


Jacques Cousineau



Recherche
de
"Mes racines"

sur
JacquesBeaulieu.Ca


Retour
à la page
initiale

de
JacquesBeaulieu.Ca
Lettre du 3 juillet 1901

Correspondance d'Émery Beaulieu à Attala Mallette

Lettre du 3 juillet 1901



N. B. Les lettres à folios multiples ont été reconstituées en tenant compte de leur position dans la liasse de papiers, de la couleur de l’encre, la dimension du papier et la suite dans le texte; l’ordre n’est pas toujours certain; aussi le début de chaque folio est clairement identifié, ainsi que sa place présumée dans la lettre:


[Premier folio de deux pages 20 x 26 cm]
Montréal, 3 juillet 1901
À Mademoiselle Attala Mallette Sainte Martine. Ma Bien-Aimée Attala,

Que c’est doux de lire d’aussi belles choses que celles contenues dans votre dernière lettre. Que c’est doux de répondre que c’est suave de pouvoir laisser libre cours à son amour, sûr d’être compris & d’être payé de retour. Mon ange! depuis que j’ai reçu votre admirable messive, mon coeur est en une fête continuelle & moi qui croyais avoir déjà atteint le dernier degré de l’amour, je vous avoue que je m’étais trompé; je vous avoue que je vous aime encore davantage depuis hier. Toutes les qualités que je rêvais pour celle devant être la compagne de ma vie, vous les avez à un haut degré: aussi n’est-ce pas rien que de la tendresse que j’ai pour vous, ma chère petite reine, c’est de l’admiration, c’est de l’idolatrie!

Ô Attala, Attala, comme vous êtes bonne; comme votre coeur est généreux; comme il est affectueux, tendre, sincère, mais en même temps raisonnable! Vous m’aimez, vous m’aimez beaucoup; quel bonheur! vous comprenez combien je vous aime; vous sentez bien que je vous aimerai toujours, n’est-ce pas? Vous voyez évidemment que rien, rien au monde ne pourra me détacher de vous, m’empêcher de poursuivre le but auquel j’ai tout consacré : vous posséder à jamais; m’enivrer à satiété de votre tendresse; vous couvrir de mes baisers, vous accabler de mes caresses quand vous serez mienne devant Dieu & devant les hommes. Vous ne les croyez pas, n’est-ce pas, chérie, ceux qui disent que l’amour, les soins, les caresses ne durent qu’un bien court espace de temps? Vous connaissez mieux votre Émery & vous savez bien que jamais il ne se lassera de vous aimer, d’être aimé de vous, d’être par vous couvert de baisers & de belles belles caresses. J’en connais des ménages vieux de beaucoup d’années qui s’aiment encore comme aux premiers jours : nous serons de ceux-là, Attala de mon âme.

L’amour ne s’éteint jamais lorsqu’il est fondé non sur des raisons frivoles, non sur la beauté, mais sur des qualités solides, sur une connaissance réciproque & approfondie des caractères, sur l’estime mutuelle : & c’est là notre amour.

L’amour ne s’éteint jamais, lorsque l’on continue après le mariage, à se prodiguer les égards, les attentions, les [Deuxième folio de deux pages 20 x 26 cm] soins que l’on se prodiguait avant ce solemnel engagement : et c’est ce que nous ferons.

Je vous crois, Attala, lorsque vous me dites que vous ne vous lasserez jamais de m’aimer, de me caresser; lorsque vous m’assurez qu’une fois à moi pour la vie, vous serez telle que je vous désire, aussi affectueuse que je puis rêver. Et moi, mon Attala, moi je ne conçois pas qu’on puisse faire autrement que d’aimer chaque jour davantage, celle que l’on apprend chaque jour à connaître davantage, celle que l’on voit chaque jour attentive à plaire, soigneuse de sa maison, affectueuse oh! oui, bien affectueuse, et d’une affection ingénieuse à trouver chaque jour de nouvelles caresses, à inventer chaque jour de nouvelles combinaisons de baisers.

Si pour quelques-uns l’amour ne dure pas toujours, c’est qu’ils ne savent pas ou ne veulent pas le faire durer.

Mon Attala! vous connaissez les plus secrets désirs de mon coeur & vous avez l’amabilité de bien vouloir les compler. Oui! jusqu’à ce jour, il était un mot d’affection que je n’osais pas vous donner, que vous ne vouliez pas recevoir de moi. À mon dernier voyage encore, quoique vous ayez été si pleine de tendresse pour moi; vous n’aviez pas cependant pas voulu accepter ce titre, le titre de «fiancée» : «On peut tenir ses engagements sans être fiancé», disiez-vous; & cette phrase me revenait sans cesse à l’oreille, il me semblait parfois, malgré tous mes efforts pour chasser ce vilain soupçon que ce n’était que par crainte des engagements sérieux que comporte ce titre, que vous ne vouliez pas le prendre.

Et voilà que sur votre dernière lettre, chère Attala que j’adore, sans aucune demande de ma part, mais n’écoutant que l’inspiration de votre coeur affectueux, vous me dites bien gentiment : «Si vous le voulez, je suis votre fiancée!» Eh! bien, cette dernière preuve de votre tendre amour pour moi me délivre de tout doute. Attala! Attala! je crois en vous, je suis sûr de vous, de votre amour, de votre coeur. Attala! ma bien-aimée, je remets entre vos mains, sans crainte, sans arrière-pensée, mon coeur, mon bonheur, toute ma vie. Qu’on me dise ce que l’on voudra, l’on ne parviendra jamais à ébranler ma confiance en la sincérité de mon Attala; quelques soient les nouvelles que l’on m’apprenne de votre conduite, l’on ne me fera jamais croire que celle à qui je m’abandonne entièrement pourrait me trahir, me délaisser. Ma belle petite reine adorée, tous les jours priez votre bonne Mère du Ciel de vous éclairer & c’est au pied de son autel que vous avez puisé la certitude de mon amour & le courage de m’aimer toujours; et c’est parce que la source de votre amour est si pure que j’y crois aveuglément : car nul n’a plus confiance en la Ste Vierge que moi-même; et sur ce point nos deux âmes se rencontrent & se comprennent. Et moi aussi, vous le savez, c’est en priant Marie que je vous ai aimée. [Troisième folio de deux pages 20 x 26 cm] Mon amour pour vous, ma chère, n’est pas le résultat d’une passion allumée en un clin d’oeil; mais cet amour au contraire s’est développé lentement, jour par jour; je n’ai pas été dès l’abord ébloui, aveuglé au point de ne plus pouvoir raisonner; mais au contraire, cet amour s’est fortifié tous les jours par la réflexion, par une plus grande connaissance de votre caractère; cet amour a été rudement combattu par d’amères critiques; mais il a triomphé de tout; et voilà pourquoi je suis sûr de sa durée; voilà pourquoi je ne crains pas de m’engager pour la vie, et de vous dire; après avoir bien prié: «Nulle autre que vous, ma chérie, ne sera la compagne de ma vie; nulle autre ne recevra le titre d’épouse bien-aimée; nulle autre ne pourrait me rendre heureuse.» Et parce que je crois que votre amour est ainsi fait, je vous dis, simplement, mais fermement, «J’ai foi en vous!»

Ma chérie, commençons dès maintenant une vie commune; que rien ne nous sépare, si ce n’est le temps entre nos deux coeurs, établissons une communion permanente de sentiments, de joie, de tristesse, d’efforts. Pour moi, il s’agit de travailler pour arriver au terme si ardemment désiré, pour obtenir le prix si amoureusement convoité : vous-même, ma bonne Amie, votre coeur, votre amour. Pour vous, il vous faudra prier, prier de toutes vos forces que Dieu m’accorde le succès, qu’Il unisse nos deux coeurs par un lien indissoluble, qu’Il abrège les jours qui nous séparent de l’instant béni où je pourrai vous appeler : «Mon épouse bien-aimée». Il nous faut de plus nous rendre dignes de la protection du Ciel; par une bonne conduite, par l’accomplissement fidèle de nos devoirs d’état, par notre patience à supporter les contrariétés de la vie. Attala, ce n’est pas un sermon que je veux vous faire; je n’ai qu’un but, vous montrer le moyen d’abréger notre ennui, notre séparation, le moyen de faire mon bonheur : car vous ne saurez jamais assez qu’il n’y a pas et qu’il ne peut pas y avoir de bonheur pour moi, sans vous, sans votre amour. Et si je puis avant de vous posséder être heureux dans une certaine mesure, ce n’est que par anticipation du bonheur suprême que notre union me procurera; ce n’est que par la pensée que je puis dès maintenant compter comme assuré le bonheur de vous aimer toute ma vie; ce n’est que parce que j’ai foi en votre parole, lorsque vous me dites que vous m’appartenez dès maintenant, sans réserve & pour toujours.

Ainsi donc c’est bien vrai; chère belle ange de mon âme, c’est bien vrai que vous êtes mon Attala à moi tout seul & que je suis votre Émery à vous toute seule, pour la vie. Vous avez foi en moi, j’ai foi pleine & entière en vous; êtes-vous contente, mon adorée; moi je suis enchanté d’en être enfin arrivé là. Songez donc que je puis vous appeler ma petite Attala, ma «fiancée» & me dire cette Attala elle est à moi, j’en suis sûr, elle m’aime de tout son [Quatrième folio de deux pages 20 x 26 cm] âme, je la chéris de toutes mes forces; et il en sera toujours ainsi, toujours, toujours. Comme nous serons heureux ensemble, comme la vie sera douce auprès de vous; comme je me reposerai vite de toutes les fatigues, blotti sur votre coeur, les bras enlacés autour de votre cou. Ils viendront ceux qui prétendent que l’amour s’envole après les premiers jours; ils viendront apprendre comment on peut s’aimer toujours.

Vous êtes bien bonne, vous, mais vous avez un bien méchant cousin qui ne veut pas que je reçoive votre lettre le lundi; c’est heureux que je ne le connaisse pas; il y aurait du sang sur l’herbe verte.

Ah! ils croyaient que je n’aurais pas le temps de tout lire votre lettre? Pourquoi ne leur avez-vous pas dit que je trouvais bien le temps de vous en écrire tout juste le double et que non content de les lire une fois, vos lettres tant aimées, je les relisais & relisais encore; peut-être alors, aurait-il eu une légère idée de l’immense amour que je porte à leur charmante petite cousine qui est bien plus qu’une cousine pour moi, puisqu’elle est mon Attala, ma «fiancée»; n’est-ce pas, chérie, que vous me permettez de vous donner ce titre.

Attala, depuis que je vous ai quittée, je ne me suis pas mis en colère une seule fois; êtes-vous satisfaite: Je me corrigerai à tout prix, Attala: il est une chose que je désire plus ardemment que vous-même; c’est votre bonheur; je vous désire, je vous désire ardemment, mais heureuse, mais contente de votre Émery & l’aimant gros, gros, toujours, toujours.

Mon beau chérubin; comme vous êtes raisonnable, de consentir à ce que je retarde mon voyage au 13 courant. Si vous aviez dit :«Venez à tout prix le 7», j’y serais allé; mais cela m’aurait dérangé beaucoup. Vous comprenez bien n’est-ce pas, que ce n’est pas l’envie qui me manquait; vous voir, ma bien-aimée, c’est mon seul bonheur. Du 7 au 13, il n’y a que 6 jours; et ce sera bien meilleur, allez. Mais le 13, je descends tout droit à Ste Martine, oh! je n’y manquerai pas cette fois. Attala, Attala, mon coeur vole à la pensée de la joie immense qu’il y a pour moi dans le premier coup d’oeil jeté sur vous, dans la première poignée de main.

Attala, tel que vous l’avez demandé, vous recevrez ma lettre jeudi; à mon tour, j’en demande une pour lundi. Employez ce dimanche que l’on devait passer ensemble à m’écrire; ne pourriez-vous pas en écrire un peu plus long; mais aussi affectueux. Vos deux dernières lettres sont à ravir; elles ont mis dans mon âme une joie que nulle autre de vos lettres n’y avait mise encore.

N’oubliez pas de m’écrire pour lundi, puis je vous répondrai jeudi puis j’irai vous voir samedi, puis je vous dirai de vive voix, preuve en main, que je suis pour la vie,

Votre Émery à vous toute seule
N. B. Ce n’est pas le 15, mais, samedi le 13 courant, que je serai auprès de vous; n’allez pas partir pour voir vos cousins.

É.B.








Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
Ce site a été visité 12191674 fois
depuis le 9 mai 2004