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Lettre du 22 mars 1901

Correspondance d'Émery Beaulieu à Attala Mallette

Lettre du 22 mars 1901



Folio unique de 2 pages 20 x 26 cm

Mc Lennan, Fair & Cameron,
Notaries
114 St James Street

Montréal, 22 Mars 1901


À Mademoiselle Attala Mallette,

Mon bien-aimée,

Il est bien tard, - une heure du matin; et je suis bien fatigué, ayant étudié de toutes mes forces, pour me préparer à passer un examen demain; mais vous avez dit: «Si vous m'aimez sincèrement, j'aurai une lettre samedi;» et n'écoutant que mon affection, plus forte que la fatigue, je vous écris. Ma chère Attala, tout repose dans la maison, et mon âme est d'une tristesse désespérante; aujourd'hui j'ai été vivement frappé dans mon amour filial; aujourd'hui j'ai appris qu'il n'y a pas de remède pour soulager la vue de mon pauvre père, et que dans un avenir plus ou moins éloigné, il devait probablement devenir complètement aveugle. Ô mon Dieu! que c'est triste!

Et comme si ce n'était pas assez de cette douleur; mon âme est de plus torturée par la pensée d'avoir, par ma maladresse, causé de la peine à celle que j'aime tant, à vous ma chérie: «Ne me parlez plus de cette bague», me dites-vous; oh! laissez-moi vous en parler; laissez-moi vous présenter mes excuses; laissez-moi tout vous expliquer.

Ne savez-vous donc pas que toute demande faite par vous est déjà accordée? Oui, dès le premier instant que je connus votre désir, ma décision était bien prise de vous accorder votre requête; et si j'ai paru hésiter, deux motifs sont en cause. D'abord, je voulais vous taquiner; et vous savez que c'est là un de mes défauts dominants; et puis, surtout, je voulais vous entendre répéter encore une fois que vous m'aimez bien, que vous n'aimez que moi.

Je me suis mal exprimé sans doute, et j'ai ajouté à vos afflictions. Ah! comme je voudrais vous avoir là, tout prêt de moi, pour essuyer à force de mots affectueux, de caresses, de baisers, ces beaux yeux qui ont pleuré à cause de moi.

N'est-ce pas, ma mignonne, que vous ne m'en voulez plus. Non, plus jamais, je vous appellerai capricieuse, puisque cela vous déplaît; pourtant, capricieuse dans ma pensée, n'avait rien d'offensant, allez. Capricieuse était synonyme de charmante, de quelque chose de si gentil que les mots ordinaires de louange ne me paraissaient pas rendre assez vivement ma pensée; et si je vous appelais «charmant petit tyran» ce n'était que pour vous faire comprendre combien absolue était votre puissance, à combien je me réjouissais de vous être ainsi soumis par l'amour. Ne me demandez plus de vous donner mon coeur; je ne puis donner ce qui ne m'appartient pas; je ne puis disposer de ce qui est à vous. Gardez-le ce coeur, que je vous donne, mettez-le tout prêt du vôtre, pour qu'il le réchauffe, pour qu'il lui communique un peu l'ardeur dont il est consumé.

Bonsoir, Attala, ma bien-aimée; ne vous récriez pas que ceci est trop court, car ceci n'est qu'un acompte & la balance vous sera payée dimanche; je n'ai pas voulu vous causer le désappointement de voir le samedi se passer sans la moindre nouvelle de moi! Dimanche, je reviendrai m'entretenir avec vous; et dans quinze jours, avec l'aide de Dieu, je vous verrai; je vous parlerai; je vous redirai de vive voix combien je vous aime.

Dans quinze jours! Que Dieu nous garde, nous bénisse, nous... unisse. Attala, ma chère Attala, croyez bien que je vous aime; que je n'aime que vous; aimez-moi bien, vous aussi. Que votre bon ange vous donne de doux rêves!

Tout à vous,
Émery








Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
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