Mes racines / my roots

Henri Césaire Saint-Pierre


Adéline Albina Lesieur


Napoléon Mallette


Louis Émery Beaulieu


Guillaume Saint-Pierre


Joseph Bélanger


Geneviève Saint-Pierre


Jeanne Beaulieu Casgrain


Jean Casgrain


Simone Aubry Beaulieu


Marcel Malépart


Jaque Masson


Édouard Trudeau


Rolland Labrosse


Jacques Cousineau



Recherche
de
"Mes racines"

sur
JacquesBeaulieu.Ca


Retour
à la page
initiale

de
JacquesBeaulieu.Ca
Lettre du 8 mai 1901

Correspondance d'Émery Beaulieu à Attala Mallette

Lettre du 8 mai 1901



Folio unique de 4 pages lignées 20 x 26 cm
Montréal, 8 mai 1901
À Mademoiselle Attala Mallette, Sainte Martine Ma chérie,

Mon patron est marié hier matin, il est en voyage de noces; je suis tout seul au bureau; et je vous assure que le bureau est encore tout parfumé d'amour. C'est dans cette atmosphère embaumée que je vous écris; ajoutez à cela que sous ma fenêtre, un musicien ambulant me joue «Le trouvère». Avouez que tout conspire contre mon coeur pour lui inspirer de l'amour.

Vous ne m'en voulez pas de ne pas vous avoir écrit plus tôt, n'est-ce pas? Lundi était notre examen; hier c'était encore pis: notre concours, ce fameux concours que j'ai passé tant de nuits à préparer, & dont je n'ai terminé la préparation que juste une demi-heure avant l'instant où il devait commencer. Enfin, il est fini: il ne nous reste plus qu'à en attendre le résultat patiemment, pendant une couple de semaines.

N'allez pas croire que tout est fini: oh! non, nous avons encore une terrible épreuve à supporter: l'examen oral, lequel aura lieu demain ou après-demain.

Tant et si bien que je ne serai débarrassé de tout que juste assez tôt pour vous aller voir samedi; pour passer la veillée de samedi avec ma bien aimée Attala.

Samedi, c'est bientôt, cela, n'est-ce pas cher ange? & c'est samedi que je vous sentirai tout près de moi; samedi que je vous parlerai, que je m'enivrerai de vos douces paroles; samedi que mon coeur tressaillera d'amour au son de votre voix; samedi enfin que je serai heureux, que j'oublierai tooutes mes fatigues passées, toutes mes inquiétudes de l'avenir; oh! que Dieu nous garde jusqu'à samedi!

Vous connaissez Eugène Morel; eh! bien, devinez ce qu'il est devenu? Il n'est ni mort, ni malade, ni parti pour voyage, et cependant ni vous, ni Béatrix, ni aucune autre jeune fille ne le verrez plus jamais. Quand je dis qu'il n'est pas mort, je me trompe; il est mort sans être mort, il est mort au monde; il est entré chez les Jésuites, hier. C'était mon seul ami de coeur, son amitié m'était d'un grand prix; Dieu me l'a ôté; il l'a ôté à ses pauvres parents qui sont inconsolables; j'ai vu son vieux père se tourmenter, parce qu'il tardait de revenir du Sault-au-Récollet où il était allé faire cette retraite à la suite de laquelle il a embrassé la vie religieuse; il prêtait l'oreille au moindre bruit croyant toujours reconnaître les pas de son cher Eugène; je l'ai entendu s'écrier que la maison était bien grande, parce qu'Eugène avait été absent cinq jours. Et maintenant c'est pour toujours qu'il sera absent! Pauvre père!

N'est-ce pas, chérie, qu'il y a des choses bien tristes dans cette vie; n'est-ce pas qu'il faudra s'aimer pour de bon, si l'on ne veut pas faiblir sous le fardeau de cette existence d'épreuves. Mais Dieu merci! nous nous aimons bien & les tempêtes peuvent venir et les vents peuvent se déchaîner, ils ne sépareront pas nos deux coeurs, ils n'arracheront pas l'amour qui s'y est implanté, y a grandi, s'y est fortifié; la protection de la Sainte Vierge sous laquelle nous nous sommes mis tous les deux, nous sera un rempart contre les flots de l'adversité. Bon courage! ma mignonne; les dieux nous sont propices.

Il y a des jeunes filles - oh! pas beaucoup, mais il y en a quelques-unes - il y a des jeunes filles qui sont bien étourdies. Tout récemment, une de ces belles créatures écrivait à un confrère d'étude; il n'y a pas de mal à cela; mais ce qui était très mal c'était de mettre pour toute adresse: «Université Laval, faculté de droit» & de nom, point. La faculté de droit étant une personne morale qui ne peut lire les lettres d'amour qu'on lui adresse, son secrétaire, M. Lafontaine, écuyer avocat, syndic du barreau de Montréal, professeur de droit Romain, C.R. etc., ce digne monsieur ouvre la lettre et lit... vous savez quoi; il regarde à la fin, «je demeure, mon cher Rodolphe... Honorine».

Alors sans se troubler, se tournant vers le concierge «Dites donc à M. Rodolphe X qu'Honorine lui envoie une lettre.» Rodolphe est depuis ce jour très populaire à l'Université Laval, faculté de droit.

N'est-ce pas qu'il y a - oh! pas beaucoup - mais qu'il y a tout de même quelques jeunes filles étourdies.

Je mets un point et je vous tire ma révérence, car je veux que cette lettre parte par la malle d'aujourd'hui; et d'ailleurs, c'est bientôt samedi & là nous pourrons nous parler coeur-à-coeur; ce qu'il n'y a pas sur cette lettre je vous le dirai de vive voix.

À samedi soir, mon Attala, à samedi soir, chérie, à samedi soir trésor de mon âme; vous savez bien que je vous aime, pas n'est besoin de vous le répéter, vous savez bien que je n'aime que vous; je vous le dirai encore, samedi. Bonjour, priez pour moi, aimez-moi comme je vous aime.

Votre Émery à vous toute seule








Jacques Beaulieu
jacqbeau@canardscanins.ca
Révisé le 3 avril 2018
Ce site a été visité 12191664 fois
depuis le 9 mai 2004